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Couverture du roman De la HAINE à L' AMOUR

De la HAINE à L' AMOUR

À Dakar, Khardiata et Omar s'aiment profondément malgré leur pauvreté. Issue d'une famille riche mais privée d'éducation par un beau-père strict, Khar n'a jamais fréquenté l'école. Pour gagner son autonomie, cette jeune femme dévouée et talentueuse vend des jus artisanaux aux chauffeurs de la banlieue. Découvrez ce récit poignant où la précarité sublime un amour inconditionnel, et suivez le parcours d'une épouse courageuse dont la vie bascule entre tradition et résilience.
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Chapitre 3

Khar avait comme client favori un petit qui avait sensiblement le même âge que Ass. Il se faisait déposer par un chauffeur dans une non mais, une voiture luxueuse. Le mot même semble trop petit pour qualifier cette auto. Il ne se nourissait que de crèmes glacées et de petits biscuits au chocolat vendus par Khar. Le soir, étant donné que le chauffeur du petit ne venait pas tôt, il restait jouer avec Ass et Amadou alors que tous ses camarades sont rentrés depuis belle lurette. Ils glissaient leurs chaussures à l'aide des carreaux, couraient par ci et par là. À cause des fils de Khar qui l'appelaient Maman, lui aussi a pris cette habitude. Il disait tout le temps Maman Khar. Même quand Omar venait chercher sa petite famille, ils ne partaient pas tant qu'on n'est pas venu chercher Issa.

Ce jour-là, le petit Issa n'allait pas bien. Il n'a voulu ni manger ni boire du jus. Il se plaignait juste de douleurs à la poitrine. Ses camarades disaient même qu'il a vomi après la récréation et qu'il a passé tout le reste de la journée à l'infirmerie. Khar, comme une mère lui a demandé ce qui se passait et pourquoi l'administration n'a pas appelé ses parents. Il a répondu que c'edy lui qui leur a dit que ces derniers sont en voyage car ils passent le plus clair de leur temps à se disputer, qu'ils claquent des portes et sa grande sœur et lui ne sont pas heureux. Il a pleuré un bon moment dans les bras de Khar qui avait fini sa vente. Elle s'est rendu compte du fait que des enfants naissent dans la richesse et pourtant ne sont pas heureux. D'un autre côté, il y a l'exemple de ses fils qui n'ont pas de parents aisés, qui ne se font pas déposer par des voitures et qui sont dans une école publique. Toutefois, ils sont les trésors de leurs parents. Des parents qui savent se rendre heureux et protéger leur progéniture.

Khar a fini par lui faire sortir un sourire puis elle lui a fait des chatouilles. Il riait aux éclats quand les enfants de Khar sont arrivés. Leur maman leur a remis les bouteilles qu'elle a gardé pour eux et ils l'ont partagé avec Issa.

Cette fois, le chauffeur de ce jeune Issa est venu plus tôt que les autres jours. Avant de monter dans la voiture, il est allé prendre affectueusement Khar dans ses bras.

C'est quelques instants après qu'Omar à garer son taxi et a aidé sa femme à ranger ses glacières dans la malle.

Le lendemain! Khar et ses enfants ont effectué la même routine. Celle de tous les jours. Alors qu'elle mettait en ordre sa marchandise avec l'aide de son fils aîné Ass, vendant en même temps, petit à petit, une dame est arrivée d'on ne sait où et sans préambule, elle a jeté au loin la petite table de Khar.

De nature Calme et pas du tout nerveuse pourtant, Khar a oublié les bonnes manières. Elle a pris ses mèches qu'elle a tirées très fort, obligeant la dame de crier et d'essayer d'enlever ses mains. Avec son genou, elle donnait des coups difficiles à supporter aux fesses. Khar ne s'occupait pas de tout cet attroupement qui s'est formé et ces deux gros gaillards qui tentaient si bien de l'arrêter.

Elle était révoltée et énervée. Comment se fait-il qu'une simple conne ait l'audace de l'insulter et insulter son travail en jetant toutes ses affaires. Alors que c'est la première fois qu'elle la voie.

Chacun des hommes avait maintenu les deux mains des deux bagarreuses mais Khar lançait ses pieds afin qu'ils la frappent.

La femme insultait. Des insultes graves. Fortes! Qui ont piétiné l'honneur de Khar. Elle en voulait à cette femme mais pas plus que cet homme qui ne veut pas la laisser régler son compte à cette poupée.

-Deum bii, sorcière. Crie encore la dame. Nga lek sama Dome bii. Tu as mangé mon enfant. Deum kharamata Ndiaye bi nga done. Espèce de sorcière de merde. Il n'est qu'un bébé. Il ne t'a rien fait. Tu l'as mangé. Sorcière. Je te déteste.

-Je ne suis pas une sorcière. Hurle Khar en voulant atteindre son visage pour en faire une ratatouille mais il y a toujours ce "lutteur" qui l'en empêche.

Je n'ai mangé personne. Je ne sais même pas à quoi ressemble un sorcier.

-Alors explique-moi pourquoi hier, à la descente, Issa a vomi ton maudit jus puis tout de suite après une mare de sang est apparue car il venait de sortir ça. C'est toi la cause de cette maladie. Il est devenu inconscient et quand on a réussi à le réveiller, il ne cessait de murmurer ton maudit nom <>. À n'en plus finir! Toute la nuit! Pourquoi tu as mangé le petit cœur de mon fils? Pourquoi tu l'as fait? Dit-elle cette fois en pleurant.

-Je vous dis que je ne suis pas une sorcière. Issa, je le considère comme mon fils...

-C'est faux, sinon tu ne l'aurais pas mangé. Dit-elle hystérique.

-Arretez de parler de manger. Douma deum. Je ne suis pas une sorcière. C'est vrai que j'aime beaucoup Issa et que c'est moi qui lui ai donné du jus hier mais c'est ce même jus que j'ai vendu à mes clients et même mes enfants l'ont bu.

Elle s'est approchée de la dame qui s'est assise au sol, la mine complètement défaite, pleurant comme un enfant. Khar lui parlait doucement.

-Vous devez me croire. Demandez à votre médecin qu'elle est la maladie de votre fils, moi je n'y suis pour rien.

Elle lui presse doucement la main.

-Ne me touche pas. Sorcière! Tu veux me manger aussi. Sache que je suis une bambara, c'est mon fils que tu peux toucher car il n'a pas reçu cette éducation à l'ancienne qui te protège des sorciers comme toi. Si je savais...si je savais, j'allais l'amener chez moi pour le protéger ne serait-ce qu'un peu. Il a rencontré une sorcière qui n'a pas hésité à bouffer son cœur. Par ta faute, il n' y a plus d'espoir.

-Mais madame, intervient une dame d'un âge assez avancé. Vous ne pouvez pas accuser quelqu'un sans preuves. Et ceci est une grosse accusation.

-J'ai parlé à notre marabout familial et il a confirmé mes dires. Madame, je suppose que vous avez des enfants. Si ces enfants tombent malades un jour et se retrouvent dans une situation catastrophique, ne cessant de dire le nom de la dernière personne qui lui a donné à manger. Ne serez-vous pas certaine que c'est cette personne qui peut vouloir du mal à votre progéniture? Répondez maintenant.

-Khar est une vendeuse propre et ces jus n'ont jamais fait de mal à personne. C'est juste la volonté divine. Continue de défendre la dame.

-La volonté divine? Vous m'en direz tant. Il y a juste que ce n'est pas à vous que cela arrive

Je ne vous parle pas d'hygiène. Nous sommes dans un pays africain, les choses ne vous sont pas méconnues. Les sorciers, il y en a partout et sous toutes les formes. Je te jure Khar. Je suis venue te prévenir, s'il arrive quoi que ce soit de fâcheux à mon petit Issa, ta famille de sorciers et toi allez en payer les pots cassés. Parole de Seynabou Keïta.

Elle s'est levée, a trouvé Khar là où elle s'est assise serrant ses deux enfants pour lui jeter à la figure un bonbon qu'elle a ramassé.

-Deum yii nguen done. Vous n'êtes que des sorciers.

La fameuse Seynabou Keïta est montée dans sa belle voiture, une différente de celle qui dépose Issa et tout de suite après, le chauffeur a démarré.

Ceux qui ont au fil du temps appris à connaître Khar se sont approchés pour l'apaiser, lui manifester leur soutien. Ses enfants sont allés bien après en cours.

Ce jour-là, Khar a vendu mais le cœur n'y était pas. Pour ses jus, tout le monde n'est pas venu acheter. Elle a compris qu'il y avait certains qui ont donné crédit aux accusations de la mère d'Issa. Les petits, eux très insouciants se régalaient avec cette boisson délicieuse.

Omar est venu les chercher, il a voulu sortir les vers du nez à sa tendre épouse mais elle ne faisait que rassurer. Même ses enfants n'ont pas parlé à la demande de leur mère.

Cette nuit, Khar n'a pas dormi. De 1 heure du matin à 4 heures, elle ne cessait de prier avec son chapelet. Prier pour Issa, prier pour que cette diffamation dont elle est victime n'existe plus.

Ass l'a trouvée dans le salon. S'essuyant les yeux avec un côté de son voile. Il n'a rien dit, il s'est seulement couché sur sa cuisse pliée. Elle a sursauté un peu mais n'a rien dit. Il faut qu'elle reste forte, surtout pour ses enfants qui n'auraient pas dû être présent lors de cette humiliante scène.

C'est en serrant la cuisse de sa mère que le petit a pu dormir paisiblement.

Le matin, comme à son habitude, Khar et ses enfants étaient déjà prêts. Omar faisait entrer la marchandise de Khar derrière, dans la malle. Dans la voiture, Omar discutait mais Khar répondait distraitement. Il lui caresse tendrement la main pour ramener en quelque sorte son esprit au moment présent. Sa femme se retourne pour lui servir un sourire afin de le rassurer.

La vente de Khar a été bien rangée et ses fils grignotaient des biscuits attendant qu'il reste dix minutes pour entrer en classe.

Ass et son frère sont partis. L'aîné avant de s'en aller a pris longuement sa mère dans ses bras. Comme s'il avait compris quelque chose, quelque chose qui se passera et qu'il ne peut pas dire.

Khar était ému. Elle savait que son fils était éveillé en plus d'être très poli. Il savait quand sa mère souffrait ou non. C'était la raison pour laquelle hier soir, il n'a pas dormi. Il est sorti avec courage se soulager, c'est à ce moment-là qu'il a entendu sa mère prier. À voix basse mais la prière était tellement sincère qu'il l'a peut-être sentie.

Khar lui donne un autre Bonbon qu'il a refusé de prendre, disant qu'il n'avait pas faim. Amadou, lui il a mis dans son sac avant de faire un sourire à sa maman.

Ses enfants partis, elle se sentait seule. Ses bonbons étaient presque finis. Elle a cherché Issa partout mais ne l'a pas vu. Cela voulait dire qu'il n'était pas guéri et même que probablement la maladie s'est empirée. Elle angoisse en y pensant.

Khar est revenue de chez elle avec ses deux glacières. La cloche assourdissante venait de sonner. Les élèves mangeaient avant de venir acheter du jus. Les professionnels eux, achetaient déjà les jus locaux de Khar.

Alors qu'elle mettait dans un sachet noir des bouteilles achetées par une dame pour ses coéquipiers au bureau, elle voit la mère d'Issa habillée en habit traditionnel simple, des lunettes noires cachant ses yeux. Son sourire se fige en la voyant ainsi mais elle refuse de comprendre ce qui paraît évident à ses yeux.

-J'ai fait un déplacement personnel malgré la douleur pour te féliciter. Non, tu peux continuer à sourire. Tranquillement! Tu as rongé hier soir la dernière partie du cœur de Mon Fils. Il est mort, il ne reste plus rien de lui. IL EST MORT! MORT! Ce matin. Tu m'as pris mon Benjamin. Il n'avait que 8 ans. Son père et moi avions placé tous nos espoirs sur sa soeur et lui. Quel genre de personne es-tu? Ah j'oubliais, tu es une sorcière. Une sorcière!

-Arrêtez, balbutie Khar. Je n'ai rien à voir avec la mort d'Issa. Si je devais lui faire quelque chose, autant le faire à mon fils qui a le même âge que lui. Vous ne me connaissez pas et votre accusation est infondée. Je ne suis pas une sorcière je n'ai mangé le cœur de personne.

Les clients s'en allaient sans aucune discrétion, la regardant avec de la méfiance. Même celle qui l'a défendue la veille n'a pu rien dire aujourd'hui. Pour eux Issa est mort et c'est Khar qui a mangé son cœur. Khar est une sorcière aux yeux de tous.

Ses enfants encore présents devant la scène se montraient spectateurs.

Khar voulait retenir ses clients mais qu'est ce qu'elle peut bien leur dire.

Seynabou Keïta est partie sans oublier de lui rappeler qu'elle paiera pour tout ça. Les vendeuses qui étaient assis à côté d'elle ont changé de place, ils la regardaient avec dédain. Et pourtant ce sont ceux-là même qu'elle aidait pour terminer leur vente alors qu'elle avait tout vendu depuis longtemps. Ce sont eux-mêmes qui lui tournent le dos.

Khar se sentait mal. Être accusée de sorcière dans un tel pays te met face à toute la société. Tu es pointée du doigt. Personne ne veut te fréquenter, les parents interdiront à leurs fils de jouer avec les tiens. Tu ne vaudras plus rien aux yeux des autres. Sans dignité, sans défense! Poussant même au suicide.

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