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Couverture du roman Clous rouges - Tome 1: Entrez donc dans l'antre du démon

Clous rouges - Tome 1: Entrez donc dans l'antre du démon

Explorez les sombres recoins de la demeure Masson aux côtés de Walter Weems et Bart Stevens. Vingt ans après le suicide inexpliqué de son maître, cette bâtisse est le théâtre de décès en série. Entre caves poussiéreuses et greniers oppressants, le duo tente de percer le mystère de ce lieu que les habitants disent hanté. Dans ce premier volet d'une trilogie fantastique, restez sur vos gardes : l'ombre vous guette. Une enquête policière macabre où le danger est partout.
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Chapitre 3

Chapitre 2

— Pardon, mon brave, pourriez-vous me dire où se trouve Merriam Street ?

— Merriam Street ?

— Euh, oui… Merriam Street ! balbutia Bart Stevens alors que le « brave » assis à la table voisine reposa brutalement la chope de bière qu’il s’apprêtait à porter à ses lèvres pour le regarder d’un air éberlué. En provenance de Londres et à peine arrivés depuis une couple d’heures, lui et Weems avaient arpenté en vain, et par un temps épouvantable, les avenues de ce gros bourg situé près de Canterbury à la recherche de cette non moins fameuse Merriam Street, rue qui leur faisait tant défaut. Et tout ceci, pour finir par revenir sur leurs pas et échouer dans cette auberge, située non loin de l’hôtel où tous deux avaient hâtivement abandonné leurs bagages, avant de se lancer dans l’aventure. Qui avait oublié le plan de la ville ? Bart ou Walter ? Chacun avait rejeté la faute sur l’autre pour des raisons aussi futiles que médiocres.

— Merriam Street ! Et qu’allez-vous faire à Merriam Street ?

Loin de leur fournir la bonne réponse, leur voisin s’essuya une moustache grisâtre aux bords jaunis par le mauvais tabac. Un lourd silence remplaça les conversations en même temps que toutes les têtes se tournèrent dans leur direction. Quelques chuchotements osèrent le rompre avant qu’il ne retombât à plat entre les murs de l’auberge en se faisant plus gênant.

— Merriam Street ? A-t-il dit Merriam Street ? Mon Dieu…

Ne sachant plus à quel saint se vouer, Bart jeta brièvement un coup d’œil en direction de Walter, espérant bien qu’ainsi il lui porterait secours, et n’essuya, en retour, qu’un regard glacé le fixant sans une once d’amabilité. De gênant, le silence se fit encore plus pesant, avant qu’il tentât de le briser en s’enfonçant davantage.

— Voyez-vous, nous sommes agents immobiliers et…

Un éclat de rire général ponctua sa dernière remarque et lui cloua définitivement le bec. Des cris et des lazzis fusèrent en tous sens, ricochèrent sur les hauts vitraux multicolores des portes d’entrée, et firent frémir les flammes des bougies régulièrement disposées le long des murs de la grande salle. Par souci d’économie, À la Reine Anne, estaminet des plus fréquentés de cette petite ville située non loin de Canterbury, dédaignait le gaz et ne s’éclairait qu’à la chandelle. D’un seul coup, l’auberge accueillante dans laquelle Bart Stevens et Walter Weems avaient consenti, devant l’intensité du vent et de la pluie environnante à porter leurs pas, se transforma plus en un cirque où on les montra du doigt qu’en un havre de paix propice à les abriter de la fureur des éléments. Une oreille dressée, un œil sur leurs pièces, deux joueurs d’échecs, attablés au beau milieu, disputaient âprement une partie en dégustant une tasse de thé.

— Des agents immobiliers… des agents immobiliers à Merriam Street ! Ah, quelle bonne blague !

Une petite marchande de quatre saisons en oublia de finir son verre d’ale aigre pour mieux se taper sur la cuisse en gloussant de plus belle.

— Des agents immobiliers à Merriam Street ! Ah, foi d’Elisabeth Spurgess, c’est bien la meilleure de la soirée…

— Et pourquoi pas ! s’écria Stevens vexé comme un pou.

— Parce que Merriam Street ne peut être vendue, mon bon monsieur, lui répondit leur voisin à la moustache jaunâtre. Pas même pour un shilling ! Louée, certainement, prêtée, peut-être, et encore faudrait-il revoir les clauses du contrat. D’ailleurs, qui aurait la fantaisie d’aller loger là-bas ?

— Henry Combes a bien raison ! s’en mêla le tenancier, baignant dans les reflets de ses bouteilles et s’occupant de nettoyer ses verres à l’aide d’une éponge pour le moins crasseuse. Et en tant qu’ancien clerc du notaire, il sait de quoi il parle. Merriam Street… peuh...

— Une sale rue, un véritable nid à rats où ne gîtent plus que des cafards, des hiboux et des araignées grosses comme ma main… s’écria Mel Absyrthe, le chapelier du bourg venu déguster un sherry avant d’aller dîner.

— Un véritable chancre à la face de notre petite ville. Le maire promet, le maire promet, mais que valent ses promesses ?

— Surtout en période électorale ! surenchérit Harvey Cavendish en essuyant ses chopes à une vitesse prodigieuse pour les porter ensuite à la hauteur de son grand nez afin de mieux les mirer au travers des lumières des chandelles. Puis, apparemment très satisfait de son examen, il reposa doucement la dernière avant de s’exclamer sur un ton très ironique…

— On a dû vous tromper, chers gentlemen. Merriam Street n’est pas à vendre. Avec un peu de chance, vous aurez juste le temps de reprendre le train pour Londres. La gare n’est pas bien loin et il vous suffira de…

— Mais nous savons où se trouve la gare ! le coupa Walter Weems du même ton froid et sec qu’il usait habituellement, lorsqu’il trouvait que la plaisanterie avait suffisamment duré. Son visage sortit brusquement de l’ombre, et les flammes de la cheminée éclairèrent d’un rouge sombre la cicatrice qui lui barrait largement et profondément toute la joue gauche depuis la tempe jusqu’à la lèvre supérieure. Le crochet de fer qui remplaçait sa main droite se piqua légèrement dans le bois de la table avec un petit bruit désagréable qui fit frissonner le tenancier, tandis que ses yeux bleus glacés commencèrent à fixer la populace présente qui, au fur et à mesure, se mit à baisser la tête. Les conversations reprirent à voix basse tandis que, de temps à autre, des regards soupçonneux se tournaient dans leur direction. La paix sembla redescendre entre les murs de l’auberge et s’installer de nouveau parmi l’assemblée lorsque Walter, qui allait se tourner vers son jeune collègue, entendit un long ricanement traverser la pièce, puis vit le plus jeune des deux joueurs d’échecs se lever brusquement pour apostropher la salle sur un ton de dément…

— Oui, vous avez bien raison ! Qui donc irait s’installer dans la maison du démon ?

— Tais-toi, imbécile !

Mel Absyrthe fit deux pas dans sa direction puis s’arrêta. Loin de se taire, l’échalas se redressa et pointa son long doigt en l’air en s’écriant…

— Merriam Street ! La maison Masson ! La maison qui tue aussi sûrement que la corde du bourreau de Londres ! Vous le savez, vous le savez tous ! Six morts… six morts et le septième…

— Assez, Ebenezer ! Cela suffit !

Le plus vieux des deux tenta d’abaisser le bras de son cadet qui se dégagea d’un geste sec avant de poursuivre. En le regardant, Bart Stevens eut la sensation de contempler un antique prophète biblique, tel que les figuraient les anciens tableaux de maîtres, en train d’admonester son public et de le menacer des foudres de Dieu.

— Demain, c’est la nuit de Walpurgis ! Demain, les âmes des morts s’échapperont de leurs tombes et demanderont raison aux vivants. Demain, la lune sera rouge ! Rouge, oui rouge… rouge comme le sang des innocents qui ont eu le malheur de se trouver dans cette maison du diable.

— Tais-toi ! Tu dis n’importe quoi ! s’emporta le tenancier en le menaçant du poing.

— Ah oui ? Explique-moi, alors, pourquoi l’horloge de cette satanée baraque sonne parfois treize coups à minuit ! Explique-moi, aussi, pourquoi le crucifix du caveau se retourne quelquefois de l’autre côté ? Tu vois, même le Christ ne peut supporter de regarder la face de cette demeure.

— Ce ne sont que des contes de vieilles femmes juste bons à effrayer les enfants !

— Tu te rappelles, Henry ! Toi aussi, tu l’as écouté, le Thomas ! Thomas Masson et son affreuse chansonnette… Et que disait-elle ? Tu ne t’en souviens pas ? Tiens, écoute, écoute un peu…

— Des clous rouges sur le front de Satan…

— Des yeux noirs qui s’en vont dans le vent…

— Les corbeaux qui emportent mon âme…

— Les enfants et les idiots de ton acabit ! se mit à crier Cavendish en jaillissant de derrière son comptoir. Cette fois-ci, la mesure est pleine. Tu effrayes ma clientèle, espèce d’abruti. Dehors… dehors… et que je ne te voie plus remettre les pieds ici !

— Idiot ? Moi, idiot ! Entendez-vous, mon frère, comment me traite cette espèce de fils de bâtard ! Il faisait moins le fier, à l’époque ! hurla le pauvre forcené à l’adresse du plus vieux. La poigne de l’aubergiste qui l’attrapa par le col de sa chemise et se mit à le secouer ne l’empêcha pas, cependant, de mettre fin à ses paroles…

— Un rat d’égout ! Coureur de dot, voleur, menteur, tricheur… servant de paillasson à quelques veuves décaties aux seins pendants et aux fesses flasques… Pouah ! À se demander comment il a pu mettre son engin dans tous ces plis…

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