
Cinq ans, un amour qui s'étiole
Chapitre 3
L'appartement était vide, le silence pesant sur elle. Clara se déplaçait comme un automate, nettoyant et pansant ses blessures avec une efficacité détachée.
Elle sortit une petite boîte en métal verrouillée de son placard. À l'intérieur se trouvaient ses seuls trésors : une photo délavée d'elle et de Julien, une fleur séchée qu'il lui avait donnée, un ticket de cinéma de leur premier rendez-vous.
Elle traça le contour de son visage sur la photo, le bout de son doigt tremblant.
« Je suis si fatiguée, Julien, » murmura-t-elle à l'image silencieuse. « Je ne sais pas si je peux continuer comme ça. »
Son téléphone vibra, brisant le silence. C'était Gauthier. Sa voix était froide et sèche, un ordre, pas une demande.
« Candice veut un gâteau spécifique d'une pâtisserie à l'autre bout de la ville. Va le lui chercher. »
La ligne se coupa avant qu'elle ne puisse répondre.
Dehors, une tempête avait éclaté. La pluie s'abattait contre les fenêtres.
Clara regarda la photo une dernière fois, puis ferma la boîte. Elle prit un parapluie et sortit sous le déluge.
La file d'attente à la pâtisserie était longue. Le temps qu'elle achète le gâteau, elle était trempée jusqu'aux os, son corps frissonnant d'un froid profond et persistant.
Elle le livra au penthouse de Gauthier. Candice, enveloppée dans une couverture en cachemire, lui prit la boîte.
« Tu es toute mouillée, » dit Candice, une fausse douceur dans la voix. « Tu vas salir le sol. » Elle se tourna vers Gauthier, qui regardait depuis le canapé. « N'est-ce pas, chéri ? »
Le regard de Gauthier balaya la silhouette trempée de Clara, son expression indéchiffrable.
Candice prit une bouchée du gâteau et fit la grimace. « C'est trop sucré. Je n'aime pas. Va m'en chercher un autre. De la succursale du centre-ville cette fois. »
Clara resta silencieuse un instant, l'eau de ses cheveux dégoulinant sur le sol en marbre. Puis elle hocha la tête. « D'accord. »
Elle retourna dans la tempête.
Cela devint la routine. Candice trouvait une nouvelle demande impossible, une nouvelle façon de la tourmenter. Un café spécifique qui devait être acheté dans un café à une heure de route. Un livre qui n'était disponible que dans une librairie spécialisée. Chaque fois, Clara devait braver la tempête, son corps s'affaiblissant, une fièvre persistante s'installant.
Après le quatrième voyage, Candice se déclara enfin satisfaite. Elle se blottit contre Gauthier.
« Chéri, » roucoula-t-elle, « je m'ennuie. Faisons une fête. Et tu dois boire avec moi. »
Benoît et Jérôme, qui étaient passés, furent choqués.
« Candice, tu sais qu'il ne peut pas, » dit Benoît. « Il est gravement allergique à l'alcool. Ça pourrait le tuer. »
« S'il m'aime vraiment, il le fera, » insista Candice, les yeux s'emplissant de larmes. « C'est juste un petit test. »
Jérôme, qui avait autrefois été le plus grand partisan de Candice, finit par craquer. « Un test ? Tu veux qu'il risque sa vie pour un "test" ? Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? »
Candice éclata en sanglots, se tournant vers Gauthier pour du réconfort. « Ils sont méchants avec moi. »
Gauthier, le visage sombre, prit un verre de whisky. « C'est bon. »
Il était sur le point de le boire quand Clara, qui se tenait silencieusement dans un coin, bougea soudainement. Elle lui arracha le verre de la main.
« Qu'est-ce que tu fais ? » exigea Gauthier, en colère et confus.
« Tu vas finir à l'hôpital, » dit-elle, la voix rauque à cause de sa fièvre. « Ou pire. » Elle se tourna vers Candice. « Il ne peut pas boire. Je boirai pour lui. »
Candice sourit, une lueur cruelle et triomphante dans les yeux. « Ça me va. »
Avant que Gauthier ne puisse protester, Clara sortit un petit sachet de pilules anti-allergiques et les lui fourra dans la main. « Prends ça. Juste au cas où. »
Puis elle commença à boire.
Elle enchaîna les verres de whisky, l'alcool fort lui brûlant la gorge et l'estomac. La pièce devint silencieuse, tout le monde la regardant.
Gauthier resta figé, le sachet de pilules écrasé dans son poing, ses jointures blanches. Une douleur sourde et lancinante commença dans sa poitrine. Il regardait son visage pâle, ses mains tremblantes, sa détermination inébranlable.
Il se souvint de toutes les autres fois. L'amende pour excès de vitesse qu'elle avait prise pour lui. Le contrat commercial qu'elle avait sauvé en travaillant 72 heures d'affilée. L'investisseur en colère qu'elle avait affronté en son nom.
Il s'était toujours dit que cela ne signifiait rien. Que son dévouement était une obsession dont il ne voulait pas.
Mais en la regardant maintenant, s'empoisonnant pour lui, il sentit sa gorge se nouer.
Il essaya d'ignorer ce sentiment étrange et suffocant. Il aimait Candice. Il devait aimer Candice. Il se le répétait comme un mantra, une tentative désespérée de noyer la vue du sacrifice silencieux de Clara.
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