
Cinq ans de ses mensonges
Chapitre 3
Le bruit métallique d'un objet qui tombe m'a réveillée. Ma tête me lançait. Je me suis redressée d'un coup dans le lit, désorientée.
Céleste était dans mon bureau, fouillant dans mes plans. Mon espace privé. Mes créations.
Elle a brandi un rouleau de parchemin, le plan d'un centre culturel, celui qui signifiait tout pour moi. « J'ai un problème avec l'intégrité structurelle ici », dit-elle, sans la moindre trace de honte. « C'est toi l'experte. Aide-moi à corriger ça. »
Je l'ai dévisagée, la gorge serrée de dégoût. « Non », ai-je réussi à dire, la voix rauque. « Je ne le ferai pas. »
Ses yeux se sont plissés. « Ne fais pas ta difficile, Clara. Franck a dit que tu serais coopérative. »
« Franck a dit beaucoup de choses », ai-je rétorqué, me levant du lit. Ma tête tournait encore.
« Écoute, je sais que c'est dur pour toi », a-t-elle poursuivi, sa voix faussement douce. « Mais ce projet, c'est ma grande chance. J'en ai besoin. »
Elle a fait un pas vers moi, brandissant le plan. Dans son empressement, le coin du lourd parchemin a raclé vivement mon bras. Un mince filet de sang a perlé.
« Oh, mon Dieu ! Espèce de maladroite ! » a hurlé Céleste, se tenant la main comme si je l'avais attaquée. « Tu as essayé de me blesser ! »
Juste à ce moment, Franck est entré dans la pièce, ses yeux tombant immédiatement sur la détresse feinte de Céleste. « Que se passe-t-il ici ? » Sa voix était glaciale.
Céleste a éclaté en sanglots théâtraux. « Elle… elle m'a attaquée, Franck ! Elle ne veut pas que je réussisse ! »
Il n'a même pas regardé mon bras qui saignait. Son regard était fixé sur Céleste, puis s'est tourné vers moi avec un mépris pur. « Clara, qu'as-tu fait ? »
« Elle m'a égratignée », ai-je dit, tendant mon bras, un geste futile. « Elle s'est fait ça toute seule. »
L'expression de Franck s'est adoucie une fraction de seconde en voyant le sang. Mais cela a disparu aussi vite que c'était venu. « Ne joue pas la victime, Clara », a-t-il grondé. « Tu vaux mieux que ce stratagème pathétique. »
« Présente tes excuses à Céleste », a-t-il ordonné, sa voix d'acier. « Et ensuite, tu l'aideras avec ce projet. Tu lui apprendras tout ce qu'elle a besoin de savoir. »
Ma mâchoire est tombée. « M'excuser ? Pour quoi ? Et tu veux que je… lui livre le travail de ma vie ? »
« L'entreprise de ta famille », a dit Franck, sa voix baissant à un murmure dangereux, « dépend encore beaucoup de mes investissements, Clara. Ne l'oublie pas. »
Mon souffle s'est coincé dans ma gorge. Ma famille. Ma loyauté envers eux était ma plus grande vulnérabilité. Il le savait.
J'ai dégluti difficilement, le goût métallique du sang emplissant ma bouche. « Très bien », ai-je étouffé. « Je vais l'aider. »
J'ai regardé, engourdie, Céleste rassembler mes plans, posant des questions auxquelles je répondais mécaniquement. Chaque mot était comme une trahison de ma propre âme.
Quand elle est enfin partie, un sourire triomphant aux lèvres, je me suis laissée tomber sur le sol. Les larmes sont venues alors, chaudes et cuisantes.
Franck est réapparu à l'embrasure de la porte. Il m'a observée, son regard indéchiffrable. « Encore en train de pleurer ? » a-t-il demandé, une note étrange dans la voix.
J'ai rapidement essuyé mes yeux, forçant un calme que je ne ressentais pas. « Juste fatiguée », ai-je marmonné. « Et mon bras me pique. »
Il a semblé se détendre, un subtil changement dans ses épaules. « Bien. Parce que demain, tu seras à mon bras. À la soirée de lancement de Céleste. »
Il s'est retourné et est parti. J'ai laissé les larmes couler librement alors. Pas pour qu'il les voie. Plus jamais pour qu'il les voie.
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