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Couverture du roman Cibles indociles

Cibles indociles

Novembre 1970 : la mort de De Gaulle déclenche un séisme politique. La disparition d'Ernest, un dossier explosif, sème l'effroi chez les gaullistes. Simon et Soraya se voient confier ce testament secret avec pour consigne de le remettre au mystérieux « footeux ». Traqués par le S.A.C., le FLN et les services secrets, ils fuient vers l'Afrique. Entre barbouzeries et présages mystiques, le couple affronte un passé violent pour protéger des vérités d'État capitales.
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Chapitre 3

France, le 10 novembre 1970, vers 1 h

Colombey-Les-Deux-Églises était un petit village anonyme jusqu’à l’installation à la Boisserie, en 1934, d’un lieutenant-colonel, le futur chef de la France Libre.

La crainte des habitants de voir leur tranquillité disparaître fut rapidement dissipée. Ce village du retraité Charles de Gaulle restait raisonnablement fréquenté sauf à déplorer de temps à autre des allers-retours de Citroën DS noires vers la Boisserie. Notamment pendant les évènements d’Algérie. Pas de quoi troubler la lourde quiétude du hameau.

Mais une voiture circulant à une heure du matin près de l’Église était très repérable.

Tous feux éteints, quelques centaines de mètres avant l’entrée du bourg rejoint après quarante minutes de route, Robert délaissa sa Peugeot, dans un chemin boueux.

Muni de son arme bien dissimulée dans la poche de son imperméable, il se dirigea vers l’église, son presbytère et le petit cimetière attenant. De ses blessures de juillet 1962, il gardait un léger boitillement, mais marcher ce soir vers la tombe des mystères comme l’appelait Henrico, lui procurait la double certitude de vivre une revanche et d’agir en protection des siens.

Une revanche contre les barbouzes qui avaient camouflé leurs méfaits sous le sceau du secret d’État, une protection de Simon et Soraya lourdement responsables d’une humiliation de la Wilaya IV et du FLN par la réussite de leur fuite rocambolesque en juillet 1962.

Les petites rues du village, désertes et lugubres, cachaient leur tristesse dans la nuit hystérique. Le vent punissait les humains d’un souffle puissant et plaintif en projetant sur les visages et les yeux des aventureux passants les millions de larmes des nuages en peine. La vieille tombe oubliée des vivants,la sépulture dressée et accolée perpendiculairement au mur de l’église, grommelait Robert pour lui-même, en bravant la pluie et les impétueuses bourrasques.

Robert la visualisa, repéra sa position par rapport à l’entrée du bâtiment auquel elle était adossée. Il lui fallait agir au plus vite, avant qu’arrivent les truands d’État libérés de la crainte de leur haute autorité de tutelle.

Pénétrer sans bruit dans l’édifice clôturant le cimetière par l’un des côtés fut simple. Découvrir dans cet édifice, au droit de la tombe, le passage obstrué par une dalle en pierre mal jointée, beaucoup moins. Le panneau levé au bon endroit par des mains gantées pour l’occasion, laissa entrevoir un petit escalier en colimaçon menant dans un espace réduit.

Devant Robert, à quelques mètres, apparut dans la faible lueur de la lampe torche, le cénotaphe secret. Un coffret étanche, juste assez grand pour contenir une belle liasse de dossiers ficelés, trônait sur une étagère en béton située à 50 cm du sol. Rien d’autre n’encombrait cet endroit lugubre. Dix kilos d’écrits probablement plus explosifs et dangereux que de la nitroglycérine, pensait Robert.

Il s’empara d’Ernestavec soulagement, le glissa dans son sac à dos et déposa une carte de visite codée dans le coffret volontairement mal refermé. Une signature, une authentification pour la future partie de poker menteur, se disait-il tout en ne comprenant pas vraiment cette stratégie, cet ordre transmis par Henrico.

Revêtu de son long imperméable gris passe-murailles, il marchait discrètement sous la pluie battante dans le noir profond de la nuit automnale, lorsqu’il aperçut la faible lueur d’intérieure d’une Citroën DS dont les portes s’ouvraient. Deux silhouettes d’hommes grands et massifs en sortirent et se dirigèrent vers l’église. Robert ne distinguait pas leurs visages, mais leur allure dégageait l’odeur de la poudre.

La démarche du plus petit des deux, qu’il crut reconnaître dans le cône d’éclairage jaunâtre d’un lampadaire, le fit tressaillir. Les fauves déjà alertés agissaient. Il lui fallait déguerpir très discrètement. Il attendit que les deux individus s’introduisent dans le bâtiment qu’il venait de quitter pour reprendre sa marche rapide, mais discrète vers sa voiture. Direction Lille, ville de naissance du Général. 370 kilomètres et presque cinq heures de trajet à endurer sur des départementales étroites et sinueuses.

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