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Couverture du roman Ce que tu dis

Ce que tu dis

Priyanka Khan se sent totalement perdue. En observant l'évolution de son existence, elle réalise avec amertume que rien ne ressemble à ses projets initiaux. Un virage manqué semble avoir tout bousculé. Sa confusion atteint son paroxysme face à un dilemme déchirant : doit-elle se fier aux paroles prononcées ou au langage silencieux des regards ? Entre les phrases dites et les vérités criées par les yeux, son cœur balance, la plongeant dans une incertitude obsédante.
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Chapitre 1

"Je suis aujourd'hui une femme partagée entre la terreur que tout change et la terreur que tour reste pareil jusqu'à la fin de mes jours..."

Qu'es-tu prête à montrer?

Ma tante a posé la photo sur la table devant moi, attendant ma réaction.

Mon regard se porte sur les motifs sculptés dans le bois précieux de cette maudite table plutôt que sur le visage glacé de mon futur mari.

Je me souviens que cette table était un cadeau de mon frère à notre mère. Sûrement pour excuser son absence à l'anniversaire de ses soixante-deux ans...

- Chali! Ne fais pas ta timide, tu en penses quoi ? N'est-il pas magnifique? me questionne Sikita, la première petite-soeur de ma mère.

Pour le moment, je suis entourée de ma mère et de mes tantes. Tout à l'heure, ça sera au tour de mes cousines et de mes deux petites sœurs s'extasier sur la beauté de l'homme que je dois épouser.

Moi, pendant ce temps, je suis obligée de jouer la fille déjà amoureuse et heureuse de sa chance...

- Tu imagines à quoi vont ressembler les enfants ? Oh mon Dieu ! Je suis déjà si impatiente, rajoute Malavika, la deuxième de mes tantes. Notre petite Priya va se marier !

Je souris timidement, puis mes yeux rencontrent ceux de ma mère. Elle me sourit aussi. Je sais qu'elle n'est pas du genre à étaler ses sentiments, même lorsque nous sommes entre femmes. Elle est toujours entourée de cet aura d'autorité, étant la plus âgée.

Et la voir sourire, ouvertement heureuse, ça signifie beaucoup. Et pas seulement pour moi.

Puis mon regard rencontre celui de Somaya, la sœur cadette de ma mère. J'ai tellement hâte que nous puissions nous retrouver juste toutes les deux ! Ce n'est qu'avec elle que je peux réellement m'exprimer, réellement être celle que je cache aux autres membres de ma famille.

Elle me fait un clin d'œil puis tente de dissimuler son sourire ironique derrière la tasse de thé au jasmin qu'elle apporte à ses lèvres.

- Alors mon enfant ! Que penses-tu de ton futur époux? me relance Malavika.

- Il est très beau, je dis avec un sourire timide.

- Beau ? Seulement beau ! Ah cette enfant ! Si J'avais vingt ans de moins, crois-moi que je l'aurais déjà bien abordé, pour tenter ma chance ! Tu vas épouser le meilleur parti de toute la ville !

- Mali, tu devrais te calmer. Je ne pense pas que ton mari risque d'apprécier tes propos, lance Somaya, qui n'avait pas encore parlé jusque là.

- Pff ! Une véritable rabat-joie, celle-là !

Le reste du temps, je suis restée silencieuse, écoutant ma mère et mes tantes débattrent sur la manière de trouver le meilleur traiteur de Mumbai, de l'impérativité de commander mes bijoux ou encore où louer un éléphant!

Je suis heureuse de ne pas avoir mon mot à dire, parce que je ne sais pas trop ce qui pourrait alors sortir de ma bouche, et surtout si ma mère le tolérerait...

Notre relation commence tout juste à redevenir normal -enfin dans la mesure du possible-, je ne veux pas tout gâcher. Bien qu'elle ne le dise pas, je sais qu'elle me reproche encore d'être partie étudier la médecine en Angleterre. En partie parce que cela m'a pris beaucoup trop de temps: je vais sur mes trente ans et je ne suis toujours pas mariée, quelle horreur!

Je ne veux pas lui donner le plaisir de ramener de nouveau ça sur le tapis, encore moins de voir le sourire malsain sur son visage quand elle me parlera de lui, et de combien il a... gâché ma vie.

- Priyanka, tu peux aller rejoindre tes cousines. Nous aurons tout le temps de reparler de tout ceci. Et nous ne dinerons avec ta future famille, la semaine prochaine. Je suis sûre que ta future mère aimerait entendre certaines de nos idées, dit finalement ma mère de sa voix calme, me sortant de ma rêverie.

- Bien, mère.

- Grande sœur, je ne suis pas sûre qu'elle t'ait entendu, elle avait les yeux fixés sur la photo. Tu peux la prendre coquine va, me lance Sikita avant de me sonner une tape sur les fesses.

Je quitte alors l'immense terrasse, qui donne sur la piscine en contre bas, sans demander mon reste.

Encore l'épreuve de mes cousines et je pourrais prétexter une migraine avant d'aller me coucher.

*

Allongée à travers mon lit, je regarde fixement la photo devant moi, le menton posé sur mes mains.

C'est vrai qu'il est beau. Et son regard intriguant, est d'une froideur certaine.

Au pire il me traitera aussi bien qu'un beau vase à exposer, ce Arjun Darpan: une femme trophée, que l'on expose devant ses convives comme un oiseau exotique dans une magnifique cage d'or.

Ouais... peut être que je me trompe... après tout, c'est lui qui est venu voir mon père pour demander ma main.

Il doit me témoigner de l'intérêt, non ? Du moins à sa manière.

Je me souviens encore de cette soirée qu'avait organisée l'un des associés de mon père, le jour de notre rencontre. Toute la haute société de Mumbai s'était retrouvée là. Un banquet fastueux.

J'avais réussi à échapper à la surveillance de ma mère, me retrouvant enfin un moment avec mon père qui me présentait aux plus grands médecins de la ville.

Je venais tout juste de quitter la croix rouge -sous la pression de ma mère-, et il me fallait un nouveau job.

Je savais qu'arriver par piston dans un hôpital, juste parce que Papa possédait l'une des entreprises pharmaceutiques les plus rentables de l'Inde, ne me faciliterait sûrement pas les choses sur mon lieux de travail, -si on ne compte pas déjà le fait que je sois une femme-.

Mais au point où j'en étais, profiter de ma situation n'allait pas me tuer. Je me suis toujours battu pour que ma naissance, ainsi que tous ses avantages de ne me montent pas à la tête. Une petit entorse à la règle, n'allait pas signifier la fin du monde! Et vu le nombre de personnes qui devaient un service à mon père, l'affaire était déjà régler : je pouvais commencer le soir même, si je le voulais!

Puis mon père avait reconnu dans la foule l'un de ses anciens amis de Cambridge, qui se relevait être Kuval Darpan, le père d'Arjun.

Lorsque son père l'a présenté, il a baissé les yeux sur moi, avant de me tendre la main, un sourire distant sur les lèvres.

Des lèvres que j'avoue, j'avais rêvé d'embrasser deux secondes avant que nos regards ne se croisent, et que je ne lui sers la main.

La sienne était froide. Il avait retiré sa main comme si mon contact, l'avait brûlé.

Etant donné que j'observe beaucoup les détails, le message ne pouvait être plus clair...

Nous nous étions ensuite retrouvés attablés ses parents et lui, ainsi que les miens et moi à l'écart des autres convives. Tandis que nos pères animaient la discussion, se remémorant de leur rencontre en Angleterre, alors qu'ils débarquaient fraîchement tout les deux de leur Inde natal.

Tout le long de la soirée, Arjun avait soigneusement évité mon regard.

"C'est quoi son problème à ce coincé ?", je m'étais dit agacée.

C'est vrai quoi ! Ce n'était pas comme si j'allais lui sauter dessus. J'ai toujours eu un regard très expressif, mais avait-il eu le temps d'apercevoir l'éclat d'intérêt qui y avait brillé ?

Cette première impression plutôt houleuse avait mis un certain temps à disparaître de mon esprit!

Enfin après cette interminable soirée, tout ce que je voulais, c'était de rentrer me coucher.

Je fus donc très surprise lorsque mon père m'annonça que le fils de son ami, Arjun s'intéressait à moi et qu'il pensait très sérieusement m'épouser.

Mon père est un homme incroyable : bien sûr qu'il voulait de se mariage, mais il avait quand même eu la délicatesse de m'en parler avant ma mère.

Je ne reconnu pas le son de ma voix, lorsque je répondis à la question de mon père :

" Oui, papa. J'acceptes de l'épouser s'il en fait la demande."

J'avais ensuite été prise de panique, avant de me souvenir que ce soit lui ou un autre, je m'en contrefichais. Abhay n'était plus dans ma vie, alors quelle importance de savoir qui j'allais épouser ? Même si c'était le snobinard Arjun Darpan ?

Le mariage de mes parents avait été un mariage arrangé. Et celui de leurs parents aussi. En quoi cela aurait pu être différent pour moi ?

Ce crétin d'Abhay avait failli me faire croire le contraire, mais il en était absolument rien.

Les histoires d'amour finissent assez mal en règle général. Seuls quelques chanceux tirent le gros lot de cette roue parfois sadique, qu'est la vie. Et je suis parmi les grands perdants... Alors rien que pour éviter de me voir ballottée comme une stupide brindille, secouée par les bourrasques violentes de mes émotions, j'accepterai ce mariage de raison.

*

Des coups frappés à ma porte me tirent de mes pensées.

- Priya, c'est moi. Je peux entrer ?

C'est Somaya.

Je me redresse.

- Oui, entres c'est ouvert.

Ma tante passe sa tête à l'embrasure de la porte. Puis elle me sourit.

- Namasté, ma belle.

- Namasté, je lui réponds sans lui rendre son sourire.

Avec elle, je n'ai pas besoin de faire semblant.

Avec elle, je suis en sécurité.

- Alors cette migraine? dit-elle en fermant la porte.

Je la regarde un moment avant de lui répondre:

- Elle semble s'être calmée.

- Bien. En espérant qu'elle ne reste pas trop longtemps ! Imagine que tu tombes dans les pommes pendant la cérémonie, rit-elle.

Elle est tellement belle.

Et contrairement à ses sœurs, elle ne porte qu'assez rarement le sari.

Depuis la mort d'Edward, je ne l'ai pas vu avec une autre couleur que le noir.

Mettre le blanc pour témoigner de son deuil permanant, dérangerait beaucoup trop. Alors pour éviter les réprimandes de sa sœur, ma mère, elle avait opté pour le noir.

" A l'occidental", comme elle le dit souvent.

Elle s'avance vers moi de sa démarche gracieuse, avant de s'assoir à côté de moi sur le lit. Elle remarque la photo qu'elle saisit.

- Hum...il est assez mignon ce jeune homme.

- Ouais...

- Mais ce n'est pas pour cela que tu as accepté de l'épouser, rassures-moi !

- Il a un beau cul aussi, je dis en haussant les épaules.

- Oh! Petite insolente! s'exclame-t-elle en m'administrant une tape sur la tête. Qu'est-ce que je vais faire de toi !

- Je ne le sais pas moi-même. Tu sais...parfois j'ai comme tout à l'heure des moments où je me demande ce que je suis entrain de faire. Comme si je me réveillais d'un long sommeil, découvrant la situation. Avant de me rendre compte que c'est juste parce que je suis entrain de devenir folle et que je ne dois pas céder.

- Priya...

- Non. Je sais ce que tu vas dire! Alors ne dis rien, s'il te plaît.

- Il y a encore une chance pour toi! Ne t'engage pas sur ce chemin, dit-elle en me caressant les cheveux. Tout est encore à écrire.

- Mais c'est trop tard ! Et ma décision est déjà prise! Abhay m'a tout pris...

- Non, et tu sais que c'est faux. Tu as juste choisi le chemin de la facilitée !

Ma tante n'est pas du genre à mâcher ses mots. Et parfois, sa franchise m'agace.

Je ne supporte plus son contact.

- Ah oui ? Alors pourquoi toi, tu ne t'es pas remarié à la mort d'Edward ? Les jumeaux étaient à peine des nouveau-nés, il n'y avait aucune chance qu'ils se souviennent de lui ! Et tu aurais pu rencontrer un autre homme, qui t'aurait aimé, comme tu le mérites!

Aussitôt que ces mots sortent de ma bouche, je les regrette. Ma tante cesse de me caresser les cheveux. Je me tourne vers elle, complètement paniquée.

- Je...je suis désolée. Je n'ai pas réfléchi...

Elle lève la main, me faisant taire sur le champ.

- Edward, était l'amour de ma vie. Le seul homme que je ne pourrais jamais rêver d'aimer et dont j'ai eu l'immense bonheur d'être aimée en retour. Abhay est un pauvre idiot, qui n'a pas su saisir la chance de t'avoir eu dans sa vie. Mais tu ne dois pas te laisser noyer dans le chagrin parce que tu as peur de l'inconnu, peur de retenter, peur d'y croire de nouveau ! Il ne t'a pas volé ton cœur, encore moins ta capacité à aimer. Tu as juste enfermé ton cœur à double tour après qu'il ait été saccagé et jeté la clé, dit-elle d'une voix calme, me regardant droit dans les yeux.

- Ma tante...je suis désolée...

Ma voix est tremblante.

- Je sais, répond-t-elle en me prenant dans ses bras. Maintenant tu dois trouver le courage de retrouver la clé, soigner ton coeur et regarder la vérité en face.

Mes larmes se mettent à couler.

- Mais c'est impossible !

- J'accepte d'entendre que c'est dur, mais pas que c'est impossible, dit-elle fermement.

- Ça fait si mal...

- Je sais, ma puce. Je le sais.

~~~

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