
Ça part en free-ride
Chapitre 2
Beach break
— C’est plat.
— Oui, ça va être fin…
Face à nous, l’océan et sa frontière liquide jetait çà et là des déferlantes éparses venues du nord-nord-ouest. La lagune jouait à cache-cache et son chaos méthodique offrait lentement quelques droites gonflées par la houle approximative. Ruth avait déjà froid, pourtant elle tenait à surfer coûte que coûte. Perso, je savais qu’il allait s’agir d’une session de nage plutôt que du surf. Comme les écoles du même sport, nous allions pratiquer dans l’apprentissage. Nous avions marché presque deux kilomètres pour rejoindre le beach break le mieux tenu, les aboiements du sable faisaient grogner chaque pas de nos pieds nus vers l’intemporel. Une fois à l’eau, j’hésitai entre rejoindre les locaux sur le pic, ou rester dans la mousse avec Ruth. Seuls vingt mètres séparaient les deux zones, mais les parcourir avec une telle fréquence de déferlante prenait plus de quinze minutes, comptant les canards et les longues brasses allongé sur le surf. Même les locaux semblaient hésiter entre ennui, futilité, érudition stylée et technique pointue. Je voyais Ruth prendre une mousse, tirant droit vers la grève et lever les bras en signe de victoire. Elle avait raison, c’était réussi, même très modestement. Après avoir pris moi aussi quelques lignes, sans grand intérêt, je remontais la houle par la plage, à pied, pour contourner le pic et revenir derrière, à l’appel des reliefs échouant du large. Quelques mouettes criaient au-dessus de moi, signifiant mon intrusion ou accueillant ma visite pré-maritime. Les cinq ou six locaux étaient aussi en galère, et à part gagner un stand-up très exigeant, parce qu’immédiatement déroulé à droite, restant accroupis sur les planches, nous savourions tout de même un bain de mer agitée par intermittence. C’étaient des conditions parfaites pour s’entraîner, gagner en endurance. D’ailleurs, je ne respectais pas vraiment la priorité pour monter vers le pic, palmant en silence. Les creux d’un mètre à un mètre cinquante formaient rapidement une mousse quand la vague se brisait presque instantanément. En réalité, pour le routier terrestre que j’étais, ces conditions étaient parfaites pour passer le cap vers un surf plus gros. Ce qui apparaissait un incroyable bordel liquide était en fait une structure aléatoire super complexe et modélisable mathématiquement. Devant une telle beauté de la mécanique des fluides, j’admirais la science et son potentiel à me laisser foutre le bordel, faire le zouave et revenir taquiner Ruth aux pieds gelés. Parce que la poésie de l’océan ne manque pas de sel, je trouvais un certain plaisir à briser le silence que ce geste d’un local m’avait imposé. Il avait passé sa main sur sa bouche devant moi, d’un geste explicite, pendant que je scrutais le large, j’ai eu envie de lui répondre :
— Eh, on n’est pas à l’église en train de prier, c’est une session de surf ou bien ?
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