
Brisé à l'autel, renaître plus fort
Chapitre 3
PDV d'Angèle Mercier :
Le visage de Bastien a viré à l'écarlate, un masque d'orgueil offensé. Il n'avait pas l'habitude d'être défié, surtout pas par moi. Sa main, picotant encore là où je m'étais dégagée, s'est serrée en un poing.
« Ne pousse pas le bouchon, Angèle », a-t-il averti, sa voix basse et menaçante, presque un grognement. « Tu ne voudrais pas mettre en péril ton petit... quoi que ce soit que tu fasses ici. Ma famille a une influence considérable. Ce projet d'innovation dont tu parlais plus tôt ? Celui dans lequel ton mari est soi-disant impliqué ? Nous avons des relations. »
Il essayait de m'intimider, de me rappeler son pouvoir. Il pensait toujours que j'étais la fille vulnérable qu'il avait laissée derrière lui.
J'ai simplement souri, une courbe authentique et sans joie de mes lèvres.
« Une influence considérable, Bastien ? Contre quoi, exactement ? Mon existence ? »
L'ironie était épaisse, presque palpable. Il était si convaincu de sa propre importance, si aveugle au monde hors de sa portée.
Christine, sentant l'emprise de Bastien sur la situation s'affaiblir, s'est avancée, les yeux écarquillés d'une détresse fabriquée. Elle a posé une main tremblante sur le bras de Bastien.
« Oh, Angèle, pourquoi fais-tu ça ? Pourquoi ne peux-tu pas juste nous laisser être heureux ? Tu sais que je n'ai jamais voulu que les choses tournent ainsi. » Sa voix était un murmure doux et plaintif, une performance perfectionnée au fil des ans. « J'ai essayé de le refuser, vraiment. Mais il a dit qu'il devait protéger l'enfant. Et avec ma famille partie, je n'avais personne... »
Elle a raconté un récit soigneusement élaboré d'impuissance et de sacrifice, laissant entendre qu'elle était victime des circonstances, forcée dans les bras de Bastien, accablée par les choix que Bastien prétendait être son devoir moral. C'était la même vieille chanson, conçue pour évoquer la sympathie, pour la peindre comme la partie innocente.
Mon expression est restée impassible. Ses mots, autrefois capables de me tordre les tripes, n'avaient plus aucun pouvoir. Je l'ai simplement regardée, sa performance si transparente qu'elle en était presque comique.
Je me souvenais. Je me souvenais de la Christine qui était arrivée sur notre pas de porte comme une orpheline timide aux grands yeux, le geste charitable de mes parents. Je me souvenais lui avoir tenu la main, lui avoir fait visiter notre vaste domaine, partageant mes vêtements, mes secrets, ma vie. Je me souvenais du réconfort que j'avais ressenti, d'avoir une sœur, une confidente.
Elle avait toujours été si douce, si reconnaissante. Ou du moins c'est ce que je pensais. « Tu es comme la grande sœur que je n'ai jamais eue ! » s'était-elle extasiée, ses bras enroulés autour de moi. Elle avait feint l'inquiétude quand j'étais stressée, offrant des massages et des mots réconfortants. « Ne t'inquiète pas, Angèle, je serai toujours là pour toi. »
Ces souvenirs ressemblaient maintenant à de l'acide, corrodant les derniers vestiges de mon innocence. Je l'avais aimée. Je lui avais fait confiance. Je l'avais vue non pas comme une rivale, mais comme une famille. Et elle avait systématiquement démantelé ma vie, pièce par pièce, avec un sourire exercé toujours sur son visage.
Christine, voyant mon absence de réaction, a regardé Bastien, ses yeux s'emplissant de larmes non versées.
« Bastien, peut-être... peut-être que je devrais juste partir. Tu devrais être avec Angèle. Je ne peux pas supporter d'être la cause de ton malheur. Je vais juste prendre l'enfant et disparaître. »
C'était le gambit manipulateur ultime, une menace d'abnégation conçue pour le lier plus étroitement. Elle a même serré son ventre, comme pour lui rappeler l'enfant.
La colère de Bastien envers moi s'est immédiatement transformée en inquiétude protectrice pour Christine. Il l'a tirée plus près, caressant ses cheveux.
« Non, Christine. Ne dis pas ça. Tu es ma femme. Et notre fils a besoin de son père. » Il m'a regardée alors, son regard se durcissant. « Tu l'as entendue, Angèle. C'est ma femme. Et la mère de mon fils. Je ne peux pas simplement les abandonner. Surtout pas maintenant. Pas quand elle a fait un tel sacrifice pour moi. » Il a fait une pause, puis a ajouté : « Tu sais, l'armée a des règles strictes sur la désertion. Et son enfant a des besoins spéciaux. »
Il lançait des excuses, essayant de rationaliser ses choix, essayant de me faire comprendre. Il était toujours le héros de sa propre histoire, l'homme accablé par le devoir.
Christine, enhardie par la défense de Bastien, l'a subtilement poussé du coude.
« Angèle, tu as toujours été si gentille. Si généreuse. Tu ne voudrais sûrement pas nous voir sans abri ? Avec ma santé, et les besoins de l'enfant... » Elle a laissé sa phrase en suspens, laissant l'implication flotter dans l'air. « Peut-être pourrais-tu trouver dans ton cœur la force de nous aider. Pour le bon vieux temps. »
Le message sous-jacent était clair : elle s'attendait toujours à ce que je sois l'Angèle bienveillante et facilement manipulable.
Bastien, saisissant son allusion, a hoché la tête.
« Oui, Angèle. Tu pourrais rester avec nous, si tu as des difficultés. Nous avons beaucoup de place. Ce serait... pratique. Tu pourrais aider Christine avec le garçon. Tu sais, puisque tu es si douée avec les enfants. Et ce serait une forme d'expiation pour ta... crise de tout à l'heure. »
Son ton condescendant était de retour, imprégné d'une supériorité suffisante. Il pensait sincèrement qu'il m'offrait une bouée de sauvetage, un poste de gouvernante glorifiée, peut-être.
« Tu pourrais même obtenir un emploi dans mon entreprise comme secrétaire », a-t-il ajouté, un geste magnanime dans son esprit. « Nous avons toujours apprécié tes... compétences organisationnelles. »
Il n'avait clairement aucune idée de mes réalisations professionnelles, ou peut-être refusait-il simplement de les reconnaître.
Mon sang s'est glacé. Vivre avec eux ? Comme leur cas social ? Les servir, après tout ? L'audace était époustouflante.
Christine, les yeux brillants d'une générosité feinte, a renchéri :
« Oui, Angèle ! Nous pourrions être comme des sœurs à nouveau ! Je pourrais même t'apprendre certaines choses sur l'éducation des enfants. »
Elle a souri, un sourire mielleux et venimeux.
Je les ai regardés tous les deux, leurs visages une parodie grotesque d'inquiétude. L'idée d'être piégée à nouveau dans leur orbite, même pour un instant, me faisait monter la bile à la gorge.
« Merci pour cette offre attentionnée, Bastien », ai-je dit, ma voix dégoulinant d'une politesse glaciale. « Mais je crains que mon mari et moi ne soyons très à l'aise dans notre propre maison. Et ma carrière d'immunologue chercheuse ne me laisse pas de temps pour des tâches de secrétariat, ni pour des conseils d'éducation d'une personne qui valorise clairement la manipulation plus que l'affection sincère. »
Mon regard a vacillé vers Christine.
« Certaines choses, Christine, valent mieux être tues. Et certaines portes, une fois fermées, devraient le rester. »
La finalité dans mon ton était destinée à brûler.
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