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Couverture du roman Assourdi par ses paroles haineuses

Assourdi par ses paroles haineuses

Après huit ans de sacrifices pour lancer la carrière d'Émilien, j'ai recouvré l'ouïe par miracle. Hélas, ce don m'a permis d'entendre ses insultes alors qu'il me trompait. La trahison a tourné au drame au commissariat : en voulant protéger sa maîtresse, Émilien m'a violemment projetée au sol, me replongeant dans le silence éternel. Ignorant que j'avais tout entendu de sa haine, il m'a fustigée. J'ai alors décidé de confronter ce lâche avec mes derniers mots.
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Chapitre 2

Point de vue d'Adèle :

Le monde à l'extérieur de la fenêtre du taxi était un flou de néons et de pluie, mais à l'intérieur, je ressentais un calme étrange et troublant. Mes larmes avaient séché, laissant une sensation de tiraillement et de picotement autour de mes yeux. Le dernier SMS d'Émilien, ses tentatives pathétiques de s'expliquer, de supplier, de rationaliser, avaient été ignorés. J'avais bloqué son numéro. Je ne voulais rien entendre de ce qu'il avait à dire.

La voix de ma mère, étonnamment douce dans sa fermeté, avait été une bouée de sauvetage. « Adèle, ma chérie, tu sais que ma porte est toujours ouverte. Mais cette fois, tu reviens à mes conditions. Fini de courir après des chimères. » Elle n'avait pas jubilé, n'avait pas dit « Je te l'avais bien dit ». Juste une compréhension calme et résolue qui en disait long.

Je me suis souvenue avoir ricané des années plus tôt quand elle avait essayé de me présenter à Xavier Thomas. « C'est un médecin, Adèle », avait-elle dit. « Stable, intelligent, d'une bonne famille. Il t'admirait à la fac. » Je l'avais rejeté comme étant ennuyeux, trop prévisible. Mon cœur était fixé sur le chaos, la passion brute du monde d'Émilien. Je voulais être celle qui le sauverait, qui le construirait. Quelle idiote j'avais été.

Maintenant, l'idée de stabilité, de soutien tranquille, sonnait comme un sanctuaire. J'avais besoin d'un sol solide, pas des sables mouvants de l'ego d'un musicien.

« J'accepte ton arrangement, Maman », lui avais-je dit, les mots semblant étonnamment justes. « Je le rencontrerai. J'envisagerai n'importe quoi. Juste... sors-moi de là. » L'aveu de mon ouïe nouvellement restaurée avait été accueilli par un silence stupéfait, puis une vague de soulagement de sa part. C'était comme si cette guérison physique était un symbole de ma disposition émotionnelle à revenir.

J'ai essuyé la dernière trace de larmes, redressé mes épaules et pris une profonde inspiration. Ma résolution s'est durcie, une tige d'acier remplaçant le verre fragile de mon ancien moi. J'avais jeté huit ans, mon ouïe, ma fierté, pour un homme qui me voyait comme un fardeau. Plus jamais.

Le chauffeur de taxi, un homme âgé et gentil, m'a jeté un coup d'œil dans le rétroviseur. « Ça va, mademoiselle ? On dirait que vous avez vu un fantôme. »

J'ai réussi un faible sourire. « Juste une longue nuit. » J'ai regardé par la fenêtre, les lumières de la ville se reflétant dans mes yeux. L'ancienne Adèle, celle qui vivait pour Émilien, était partie. Enterrée sous le poids de sa trahison. Mais la nouvelle Adèle, elle, était encore en construction. Et elle rentrait à Paris.

La pensée d'affronter ma mère, d'admettre mon échec colossal, était intimidante. Mais l'image du visage ricanant d'Émilien, ses mots résonnant dans mon oreille maintenant parfaitement fonctionnelle, alimentait une colère froide qui éclipsait toute gêne. Il m'avait fait me sentir petite, jetable. Je me relèverais de ça, plus forte, plus fière.

Mon téléphone a vibré dans ma main. C'était ma mère. « Le jet attend au Bourget. Mon chauffeur te retrouvera à Orly. » Pratique, efficace, et exactement ce dont j'avais besoin.

J'ai tapé une réponse, un seul mot : « J'arrive. »

Les huit dernières années ont défilé devant mes yeux : les rires, les rêves partagés, les appartements exigus, les succès fulgurants. Et puis, l'érosion lente et insidieuse de mon estime de soi, la distance croissante, la trahison finale et brutale. C'avait été une grande promesse vide, bâtie sur du sable.

Maintenant, un nouveau chapitre. Un chapitre écrit non pas dans les notes chaotiques et passionnées d'un hymne rock, mais dans le rythme calme et régulier du respect de soi et de l'amour véritable. Je n'avais tout simplement pas réalisé à quel point je désirais désespérément ce rythme tranquille jusqu'à maintenant.

L'avion a décollé, s'élevant au-dessus de la grille scintillante de Marseille. J'ai regardé en bas, un minuscule point de lumière dans un monde vaste et indifférent. Émilien et Kenza, leur liaison sordide, leurs mots cruels, semblaient maintenant incroyablement lointains. Comme un mauvais rêve dont je me réveillais enfin.

C'était ça. Le début de quelque chose de nouveau. Quelque chose de réel. J'espérais juste me souvenir comment le construire cette fois.

L'offre de ma mère n'était pas seulement une question d'arrangement de mariage ; c'était un chemin de retour vers moi-même, une chance de récupérer l'Adèle Dubois que j'avais enterrée sous des couches de dévotion et de sacrifice. Et cette fois, je ne laisserais personne me diminuer à nouveau.

L'avion a grimpé plus haut, perçant les nuages. L'avenir était une toile vierge, et je tenais le pinceau.

Point de vue d'Émilien :

Le loft ressemblait à une cage, son vide luxueux se moquant de moi. Les jours se fondaient dans les nuits, chacun ponctué par la relecture frénétique du désastre de la nuit dernière. Le visage d'Adèle, pâle et taché de larmes, défilait devant mes yeux. Sa voix, si calme mais si ferme, disant : « Je pars. Et je ne reviendrai pas. » Et puis ce SMS glaçant : « C'est fini. Ne me contacte plus. »

Ma tête battait. Kenza, toujours là, voltigeait, inconsciente du gouffre qui s'était ouvert sous mes pieds. « Émi, chéri, tu as vu le nouveau post sur nous ? Tout le monde en parle ! » a-t-elle gazouillé, brandissant son téléphone. J'ai à peine enregistré ses mots. Une colère sourde couvait en moi. Elle était censée être une distraction, une brève évasion. Pas ça. Pas la raison pour laquelle Adèle était partie.

J'ai essayé d'appeler Adèle à nouveau. Son numéro était bloqué. Mon cœur s'est serré, une pierre froide et lourde. J'ai essayé depuis un autre téléphone, un prépayé que je gardais pour... d'autres fins. Toujours bloqué. Elle était sérieuse. Elle était vraiment partie.

La panique a commencé à s'installer, une terreur froide et rampante. Adèle était plus que ma fiancée ; elle était mon ancre. Elle gérait tout, mon emploi du temps, apaisait mon label quand j'étais difficile, lissait mon image publique. C'était elle qui se souvenait de l'anniversaire de ma mère, qui s'assurait que mes impôts étaient payés, qui me rappelait de manger. Elle était le moteur silencieux de ma vie chaotique. Et maintenant, ce moteur s'était arrêté.

Mon manager avait appelé, sa voix tendue par une colère à peine contenue. « Émilien, qu'est-ce qui se passe, bordel ? L'annonce du mariage était censée être une mine d'or en termes de relations publiques, pas une catastrophe nucléaire ! Les posts de Kenza Duval sont partout. L'histoire de la "fiancée sourde" explose en ligne, et pas dans le bon sens. »

J'avais hurlé en retour : « C'est la faute d'Adèle ! Elle s'est pointée à la boîte ! Elle a jeté un verre ! »

La réponse de mon manager a été glaçante. « Peu importe de qui c'est la "faute". Le public voit une rock star tromper sa fiancée loyale et handicapée. Tu dois arranger ça. Maintenant. »

Arranger ça. Comment ? Adèle était partie. Mon monde s'effondrait. Le loft, autrefois symbole de mon succès, ressemblait maintenant à un mausolée. Chaque coin recelait un souvenir d'elle, une accusation silencieuse. Le fauteuil usé où elle lisait, la cuisine qu'elle utilisait peu mais organisait méticuleusement, le petit coin d'enregistrement où elle écoutait mes premières démos, la tête penchée, ce doux sourire entendu sur le visage.

Je suis allé au placard, j'ai sorti le blouson en cuir vintage que Kenza portait sur ses photos virales. Il sentait légèrement son parfum bon marché, un contraste saisissant avec le parfum subtil et élégant d'Adèle. Je me suis souvenu d'Adèle me l'achetant, ses yeux pétillants. « Pour ma rock star », avait-elle signé, déposant un baiser sur ma joue. Le blouson semblait lourd, soudainement dégoûtant. Je l'ai arraché du cintre et l'ai jeté à la poubelle.

Je devais la trouver. Je devais lui faire comprendre. C'était une erreur. Un moment de faiblesse. Elle était ma muse. Mon ange. Je ne pouvais pas la perdre. Pas maintenant, alors que tout ce que j'avais construit semblait si précaire sans elle.

J'ai pris ma guitare, un instrument fait sur mesure qu'Adèle avait commandé pour moi. Mes doigts ont volé sur le manche, mais les notes étaient discordantes, sans joie. La musique, mon sang, semblait vide. Sans Adèle, il n'y avait pas de mélodie. Seulement du bruit.

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