Couverture du roman Apprivoiser l'Alpha déchu

Apprivoiser l'Alpha déchu

8.0 / 10.0
Bannie pour ses pouvoirs incontrôlables, Neya soigne les blessés dans l'ombre jusqu'au jour où elle sauve Kaden Varek. Cet Alpha redouté des Ombrelunes cache une profonde souffrance derrière sa froideur. Malgré leurs secrets, un lien ancestral et une passion interdite les unissent. Entre la menace d'un ancien prétendant possessif et les trahisons internes, leur amour naissant bouscule tout. Kaden saura-t-il s'ouvrir à nouveau tandis que Neya lutte pour sa liberté ?

Apprivoiser l'Alpha déchu Chapitre 1

La brise du matin portait avec elle une odeur douce et amère, mélange d'herbes fraîches et de terre humide. Le soleil, encore hésitant à percer l'épais couvert des arbres, baignait la forêt d'une lumière dorée qui dansait sur les feuilles. Je me tenais là, accroupie près d'un buisson d'achillée millefeuille, mes doigts effleurant ses pétales délicats. C'était une des rares plantes que j'utilisais sans crainte, son énergie douce ne me réclamant que peu en échange.

La vie en marge du territoire des Ombrelunes m'avait appris à être invisible. Ici, chaque bruit, chaque mouvement pouvait signifier une menace. Les loups de cette meute étaient connus pour leur brutalité, et bien que je n'aie jamais eu d'altercation directe avec eux, leur réputation suffisait à maintenir ma vigilance à son apogée. J'attrapai une poignée de feuilles, mon esprit dérivant vers des souvenirs que je préférais oublier.

Un rire, faible et flou, me revenait en mémoire. Celui d'une voix familière mais indistincte, perdue dans les méandres de mon enfance. Je pouvais presque voir une ombre passer derrière moi, une silhouette que je savais reconnaître, mais chaque fois que je tendais la main dans ce souvenir, elle disparaissait. C'était toujours ainsi : des fragments d'un passé brisé, des éclats qui me hantaient sans jamais se révéler pleinement.

Je me redressai, tenant mon panier contre ma hanche, et me dirigeai vers ma petite cabane. Les planches usées du bâtiment craquaient sous mes pas, mais cet endroit était mon sanctuaire. Simple mais fonctionnel, il n'y avait que ce dont j'avais besoin pour survivre : des étagères remplies de pots d'herbes, une table bancale, et un lit près de la cheminée.

Je posai mon panier et soupirai, observant le maigre contenu de mes réserves. Il faudrait que je retourne en forêt bientôt, mais pas aujourd'hui. Mon regard se posa sur la louve qui dormait paisiblement dans un coin de la pièce. Son pelage brun était encore tâché de sang séché, souvenir d'une lutte dont je ne connaissais pas les détails. Elle était arrivée ici la veille, titubante, blessée à la patte avant.

En approchant, je sentis son souffle irrégulier, et un pincement au cœur me rappela ce que je devais faire. « Ce ne sera pas agréable, ma belle, » murmurai-je doucement. Posant mes mains sur sa blessure, je fermai les yeux et laissai mon don s'activer. Une chaleur intense émana de mes paumes, et je sentis l'énergie quitter mon corps. Le processus était toujours le même : une douleur sourde, comme si une partie de moi-même s'arrachait pour s'infuser dans l'autre. La louve gémit faiblement, mais sa respiration se stabilisa.

Lorsque je retirai mes mains, mes jambes vacillèrent. La pièce semblait tourner autour de moi, et je dus m'appuyer contre la table pour ne pas tomber. Je haïssais cette sensation, cette faiblesse qui me rappelait à quel point mon don était une arme à double tranchant. La louve ouvrit un œil, me regardant avec une reconnaissance silencieuse.

« T'as de la chance d'être tombée sur moi, » dis-je avec un sourire fatigué. « Mais j'espère que tu n'attires pas d'ennuis. »

Le reste de la journée passa lentement. Après avoir repris un peu de force avec un bouillon tiède, je passai mon temps à trier les plantes, à nettoyer les pots et à observer la forêt par la petite fenêtre. C'était ma vie. Une existence tranquille mais solitaire. La forêt était mon refuge, mais elle portait aussi son lot de secrets.

Alors que le crépuscule tombait, un bruit inattendu brisa le calme. Un grondement sourd, suivi d'un craquement violent, résonna entre les arbres. Mon cœur se serra. Je me levai d'un bond, mes yeux fixant l'obscurité qui s'étendait au-delà de ma cabane. Le silence qui suivit était encore plus inquiétant.

Je sortis, hésitante, mes pieds nus foulant la mousse douce du sol. L'air semblait plus lourd, chargé d'une tension palpable. Je m'avançai prudemment, mes sens en alerte, lorsque d'autres bruits attirèrent mon attention : des coups étouffés, un grognement rauque, et enfin un hurlement de douleur qui me glaça le sang.

Mon instinct me hurlait de rebrousser chemin, mais ma curiosité était plus forte. Avec des gestes lents, je m'approchai de l'origine du tumulte. Et c'est là que je le vis. Une silhouette massive, effondrée sur le sol, à moitié dissimulée par les ombres des arbres. Du sang tâchait son torse, coulant en ruisseaux sombres sur sa peau pâle.

Je m'immobilisai, mon souffle pris dans ma gorge. C'était un homme - non, pas un simple homme. Même dans son état, je pouvais sentir l'aura écrasante qui émanait de lui. Son torse se soulevait faiblement, preuve qu'il respirait encore, mais à quel prix ? Sa main agrippait la terre comme s'il se battait pour rester conscient.

Je fis un pas en avant, puis un autre, mon cœur tambourinant dans ma poitrine. Lorsque je fus assez près, ses yeux s'ouvrirent brusquement, me transperçant d'un regard qui me figea sur place. Des yeux dorés, flamboyants, comme deux braises dans l'obscurité.

« Qui... es-tu ? » Sa voix était rauque, éraillée, mais teintée d'une autorité qui ne laissait pas place à l'hésitation.

Je déglutis, incapable de répondre immédiatement. Son regard semblait me dévorer, et malgré sa faiblesse apparente, je ressentais une menace implicite dans chaque fibre de son être.

« Je... je vis ici, » murmurai-je enfin. « Vous êtes blessé. »

Il lâcha un ricanement amer, qui se termina en une toux douloureuse. « Ça, je l'avais remarqué. »

Mon instinct me hurlait de fuir, de le laisser là et de rentrer chez moi. Mais quelque chose chez lui me retenait. Peut-être était-ce la manière dont il luttait contre l'évidence de sa situation, comme s'il refusait de céder, même à la mort.

Je m'agenouillai à une distance prudente. « Vous ne pouvez pas rester ici. Les Ombrelunes patrouillent parfois dans cette zone. »

Son regard se durcit, et je compris que mes mots avaient touché une corde sensible.

« Les Ombrelunes, hein ? » murmura-t-il avec une lueur de défi dans les yeux. « Si seulement c'étaient eux, ce serait plus simple... »

Je fronçai les sourcils, confuse. Avant que je ne puisse poser d'autres questions, un craquement dans les buissons derrière moi me fit sursauter. Je tournai la tête, mais je ne vis rien. L'air semblait s'alourdir davantage, et je sentis les poils sur ma nuque se dresser.

« Écoute-moi bien, » dit-il soudain, sa voix basse mais impérieuse. « Si tu tiens à ta vie, reste en dehors de tout ça. »

Je me retournai vers lui, mais il avait déjà perdu connaissance, son corps s'affaissant davantage contre le sol. Mon cœur battait à tout rompre, partagé entre la peur et une détermination inexplicable.

Un nouveau bruit, plus proche cette fois, fit taire mes hésitations. Ma décision était prise : je ne pouvais pas le laisser ici, pas dans cet état. Je glissai mes bras sous les siens, usant de toute ma force pour le tirer hors de la clairière. Sa peau était brûlante, et je pouvais sentir son sang imbiber mes vêtements.

Le danger se rapprochait, mais je n'avais pas le luxe de m'arrêter. Tandis que je l'entraînais vers ma cabane, une pensée me traversa l'esprit : qu'avais-je fait ?

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