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Couverture du roman ANICHA

ANICHA

Anicha et Benoît, deux collégiens épris, voient leur idylle brisée par leurs familles et leurs religions divergentes. Lui est envoyé à l'étranger dans une école militaire tandis qu'elle subit un mariage forcé. Malgré les années, leur lien persiste. Libérée de son époux, Anicha retrouve un Benoît mourant. Après une brève union, le décès de son amant l'emporte à son tour lors d'un accouchement tragique. Quel destin attend leur nouveau-né au cœur de ce conflit culturel ?
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Chapitre 3

Benoît est arrivé chez lui un peu plus tard que sa tendre moitié. Celui-ci a dû perdre quelques minutes en plus pour la réorganisation de la nouvelle équipe de Basketball qui l'avait nommé capitaine. Le jeune homme a le cœur tellement en joie qu'il ne souhaite qu'une seule chose: évacuer le trop plein d'émotions grandissant en lui. Il souhaiterait avoir un avis mature sur ce sujet qui le trouble quelque peu, en parler à quelqu'un et recevoir un conseil sur l'attitude à adopter en tant que novice pour ce cas d'espèce. Tout son ressenti lui est étrange, mais le rend très heureux. Le nouveau capitaine a cherché dans toutes les pièces de la maison sa mère qui n'était,pour son désarroi, pas encore rentrée du boulot. Sachant d'office où la trouver, il s'est précipité dans sa chambre pour changer ses vêtements et emprunter un taxi en direction de l'épicerie familiale. Pour s'acheter les faveurs de celle-ci,il fait un saut dans sa boulangerie favorite et lui rapporte une douceur qu'elle affectionne particulièrement. Celui-là qui dans quelques mois doit célébrer ses dix-huit ans n'a jamais eu de petite-amie malgré sa grande popularité dans son dernier centre de formation. Toute sa vie, il la consacre à la pratique du sport et se donne à fond dans ses études. Ses victoires, il les offre sans exception à sa maman avec qui il partage tout. Maintenant qu'il s'apprête à lui parler de l'intégration d'une troisième personne dans leur petite bulle, il craind de lui causer de la peine... il craind de la rendre triste. Déjà devant son bureau,il pousse un souffle et revérifie son accoutrement avant entrer. Elle apprécie de voir son fils toujourq bien vêtu.

_ Salut m'man !!!

Il lui fait un bisou sur la joue et s'installe devant celle-ci les yeux luisants.

_Hummm, ma gourmandise préférée !!! Merci mon grand. Je ne t'attendais pas... Oh !!! tu n'aurais pas quelque chose à me dire chéri ?

_Non. J'ai juste voulu te voir. répond-il toujours en gardant son immense sourire plaqué sur son visage .

_ Nous vivons dans la même maison sieur Coquerel !!!

Sa maman croise les bras derrière son bureau et le regarde avec un air de " je t'écoute " . Celui qui languit nouvellement d'amour commence par rougir, puis a un peu de mal à articuler. Toujours dans le viseur de sa génitrice quelques minutes plus tard, il se lève diligemment en se frottant un avec légèreté le front, l'inquiétude plissant son visage.

_ Suis amoureux !!!

_ Yes !!! S'est-elle écriée en allant le prendre dans ses bras

_ T'es pas contrariée m'man? Lui demande-t-il sur un ton de surprise.

_ Du tout !! Il était finalement temps. Au moins je suis certaine que tu ne finiras pas vieux garçon. Tu me la présentes quand ? Il faudra l'inviter au bal hein... Tu ne comptais quand même pas t'y rendre avec moi ?.

Son fils reste figé face à autant d'engouement. Il s'attendait à tout sauf ceci.

_ Stop !!! Tu veux bien te rasseoir s'il te plaît?

Le jeune soupirant lui raconte de suite l'entièreté de sa première journée de cours en tâchant de lui préciser qu'il ne connait presque rien de celle pour qui il a ce béguin, et surtout qu'elle ne voudra peut-être pas de lui parce qu'elle pourrait avoir un copain. Au bout d'un long moment de partage, ils ont fermé deux heures plus tard l'espace de travail, après une belle conversation remplie de conseils et d'engouement pour préparer un dîner spécial à cette belle occasion. Ce sont des lève-tôt et couche-tard, la journée suivante sera plus belle que celle d'aujourd'hui quelque soit l'heure à laquelle il termineront leur soirée.

Chez l'Emir, l'atmosphère est plutôt morne. Tout l'après-midi, Latifa a rodé devant la chambre de sa bonne enfant, patientant que celle-ci daigne comme il est de coutume en cette période, sortir pour se chercher un verre d'eau fraîche ou prendre un goûter après un moment de repos...mais la vision de la porte fermée l'attristait à chacun de ses passages. Même pour un compte rendu de la première journée de cours, elle a dû patienter pour le jour suivant. Il n'y a pas eu de dîner familial à la maison ce soir-là. Anicha n'avait pas voulu manger. Elle était trop dispersée pour cela et Youssouf s'imposait une privation pour une grâce particulière auprès de son Allah.

Le lendemain matin fut très particulier. Anicha est venue prendre le petit-déjeuner tout en chantonnant et accordant des bisous à sa mère qui n'en revenait pas de ce que ses yeux étaient en train de voir. À Youssouf, elle a juste fait une révérence car même si entre eux existait une grande complicité, il n'en demeurait pas moins que son père très traditionaliste tâchait de la tenir à une certaine distance de lui. Dès les premiers signes de puberté chez la jeune fille, il avait cessé de la prendre dans ses bras et ne l'avait plus reçu dans chambre. Même son bureau lui est presque interdit. Le seul endroit où on les voit c'est dans le salon ou dans le jardin, dans un en coin public … et même là encore il ne faut pas qu'elle dure longtemps auprès de lui car les hommes et les femmes ne doivent pas fréquenter les mêmes espaces l'un et l'autre. À cet effet, il avait éprouvé un grand malaise à l'inscrire dans des établissements scolaires mixtes, mais son épouse une fois de plus avait réussi à le convaincre du contraire.

La petite a pris place face à celui-ci toujours en ébauchant son joli sourire sur ses lèvres.

_Qu'est-ce qui rend ma fille aussi joyeuse ce matin ?

_ Bah, rien . C'est une belle journée, c'est tout.

_ Je te connais Anicha, crache le morceau. lui a dit sa mère, déjà contaminée par sa bonne humeur envoûtante.

Youssouf a gardé son air farouche car il parlait peu, mais sur son visage, on pouvait facilement lire sa brûlante envie d'être mis au parfum du moindre détail. Anicha a observé son père avec circonspection avant de continuer sa prise de parole.

_ Eh bien !!! Yan Bernard a complètement cessé de me perturber vous l'imaginez ?

_Vous êtes encore dans la même classe? Lui a demandé son père sur un ton très dur !!!!

_ Ouiiii, mais le débat ne se trouve plus à ce niveau. Il a une fois encore essayé de m'agresser dans les toilettes pour filles, mais quelqu'un m'a défendu et il s'est enfui très apeuré. Je ne l'ai jamais vu afficher une tête de neuneu pareille ahahah.

_ Surveille ton langage Anicha. a-t-il insisté.

_ Désolé papa …

_ Qui c'est ma chérie ?

_ C'est là tout le soucis maman, je ne sais pas. J'étais en pleure et …

La jeune fille s'est de suite égarée en repensant au visage de celui pour qui elle a le plein de sentiments paisiblement troublant ; en affichant un sourire abêti sous le regard démâté de ses parents. La voix de sa mère l'a sortie de son rêve éveillé:

_ Et ensuite ?

_ Euh, …et plus rien, je ne l'ai plus revu. Je n'ai même pas pu le remercier …Je vais le chercher .

Sur cette cadence, elle saute de sa chaise et donne un baiser d'au revoir à sa maman. Youssouf garde son air farouchement curieux. Il n'aime pas ce qu'il voit.

_ Ta fille… ta fille Latifa !!!

Son épouse qui s'était perdue dans le rapprochement avec sa fille, tremble à l'écoute du son de voix de son mari et baisse les yeux en signe de soumission. Elle ne les relève qu'après que celui-ci ait quitté la table pour se rendre au magasin de maroquinerie; et sa journée reprend de plus belle dans les travaux ménagers. C'est tout ce à quoi sa vie est réduite: faire du rangement, dépoussiérer et essorer. Les prises décisions en dehors de la cuisine et du ménage ne la concerne pas. Elle ne peut que faire des suggestions. Tristement, elle pousse un souffle de désespoir et s'en va nettoyer les tasses de café et de thé qu'ils viennent d'utiliser. Après qu'elle ait terminé ses tâches ménagères, la femme qui se trouve dorénavant au centre d'une situation délicate est allée dans la chambre de sa fille, cet après-midi-là. Elle ne l'avait plus fait en son absence depuis un moment. La jeune femme s'est assise sur le bord du lit de sa portée et a serré contre elle le gros ourse en peluche qu'elle lui avait offert lors de la fête d'anniversaire de ses quinze ans. Sur sa table d'étude se trouvait un journal intime qui était resté ouvert. Elle s'est mortifiée le cœur pour ne pas enfreindre l'intimité de celle-ci, mais a finalement dû le lire pour savoir ce qui passait réellement en son sein et elle l'a bien trouvé.

Les descriptions de cette première journée d'école étaient bien plus complexe que ce que leur avait dit leur fille unique en matinée. Elle ne décrivait pas une journée passée aux côtés d'un inconnu, mais plutôt aux côtés d'un beau garçon qui éveille en elle des sensations qu'elle a encore du mal à comprendre. Elle le trouve très beau. Youssouf avait-il raison d'afficher cette tête en matinée ? La dame de maison n'a pas voulu donner raison à son époux prenant cela pour un simple béguin d'adolescent. Elle aussi en avait eu pour un de ses camarades de lycée, mais les choses n'étaient jamais allées plus loin. Dès la remise de diplômes de fin d'études, tout n'était plus que de l'histoire ancienne vu qu'elle ne le voyait plus. Après ces pensées, elle est retournée en cuisine pour apprêter le repas du soir.

Au même moment dans l'établissement d'Anicha, la sonnerie marquant la seconde pause de la journée rétentit. Elle court se prendre un truc avec ses amies au restaurant d'à côté. Lou, s'arrête à mis chemin pour discuter avec son nouvel amoureux tandis qu'Emma choisit une table pour toutes les trois.

_ T'as vu son nouveau mec ? Il est canon hein ? Quand te mettras-tu avec quelqu'un ? Dit-elle en pinceant l'autre.

_ Je l'ignore !!! Sûrement quand je serais prête…

_ Quand ton père le choisira pour toi tu veux dire ? Tu es la fille d'un émir ma belle, tu n'epouseras pa n'importe qui.

Anicha a regardé Lou qui venait de les rejoindre avec un air furieux et a continué en disant :

_ Jamais !!! Il est hors de question que ça arrive…

_ C'est ce qu'on verra… c'est ce qu'on verra chère amie. A-t-elle rétorqué sur un ton à la fois inquiet et plein d'assurance .

Anicha on ne peut plus courroucée a été sur le point de quitter la table, lorsqu'elle a vu les joeurs de l'équipe de basketball entrer dans la salle. Ils avaient une place spécialement préparée pour eux ainsi qu'un commis de cuisine pour leur alimentation. Ils étaient vraiment traités tels des rois. De vrais privilégés!!! Elle a bloqué sur sa chaise en les observant attentivement. Emma a de nouveau soufflé :

_ Ces gars sont trop beaux !!!

_ Tu n'as pas tord, mais mon mec est le plus beau. A répondu Lou en croquant dans sa pomme.

_ Et toi Ancha ? Lequel te fais craquer ?

Anicha qui cherchait du regard Benoît en vain, n'a pas perdu de temps pour lui répondre. Emma ne lâchait jamais rien.

_ À toi de me le dire, madame je sais tout !!!

_ Celui en bleu peut-être ? C'est quoi ton genre petite sainte ?

Elle le disait pendant que Benoit faisait son entrée, captivant l'attention de tous ceux présent dans la salle. Elle s'est arrêtée de parler quelques petites secondes avant de continuer. Anicha n'était plus à leur table que de corps. Bien qu'elle essaya de masquer sa gêne, son esprit l'avait replongé dans le dernier moment qui l'avait uni à ce garçon un peu trop sociable à son goût . Elle aurait voulu l'aborder sur le tas et lui adresser de nouveau la parole, mais n'osa pas le faire. Une cohorte de filles s'était déjà aggriper à lui. D'autres, lui laissant sans honte aucune leurs numéros de téléphones et certaines désirant juste obtenir un moment de causerie avec lui, assises à sa table. Le voir autant entouré et réceptif à leurs demandes lui a brisé le cœur bien qu'ils n'étaient pas en couple. Face à ces filles populaires pour leur beauté phisique et légèrement habillées, elle s'est sentie moins belle avec ses cheveux et son corps entièrement couverts. Elle s'est persuadée qu'il ne la regardera jamais différemment, qu'il ne ferait jamais attention à elle. Après tout, il l'avait juste aidé, elle se faisait sûrement des idées pour rien. Son cœur à cette pensée se contracta de douleur. Sentant des larmes remplir ses beaux yeux, elle a pris congé de ses amis sous le fallacieux prétexte d'avoir un besoin pressant. En sortant du restaurant, Benoît l'a remarqué mais n'a pas pu venir jusqu'à elle ni l'interpeller à cause de toutes les jeunes rombières qui s'aggripaient à son bras. La jouvencelle a courru jusqu'aux toilettes et a pleuré un coup sans trop comprendre le pourquoi de sa réaction. Après s'être rafraîchie le visage, elle est retournée en cours la tête assez sonnée. Emma l'a très vite remarqué mais n'a pas voulu en faire tout un plat. Lou aussi, elle a pensé que c'était peut-être à cause des paroles qu'elle lui avait récemment dit. Se rapprochant d'elle, sa congénère lui a présenté des excuses pour avoir été assez dure envers elle.

_ Ne t'en fais pas, ce n'est rien .

_ C'est encore Yan ?

_ Non. Pour une fois il n'a rien à voir avec ma tristesse.

Emma a trouvé qu'elle chialait un peu trop pour son âge.

_ Tout te fais pleurer de toutes façon tchrrr !!!

L' entrée de l'enseignant de géographie les a forcé à abréger la conversation. Le cours s'est plutôt bien terminé, mais pas la journée pour la jeune fille. Anicha a rejoins son chauffeur qui l'attendait à l'entrée, assez triste.

_Vous allez-bein mademoiselle ?

_ Oui, ça va, ne vous en faite pas. J'ai juste eu une journée difficile.

Il fut peiné de la voir afficher cet air, mais n'a pas voulu creuser pour en savoir la raison réelle. Si c'était plus grave qu'elle ne souhaitait le laisser croire, son émir lui en parlerait pour qu'il garde un œil sur celle-ci. Son arrivée à la maison fut silencieuse cette fois. Elle a accordé une salutation distante à sa maman et s'est de nouveau enfermée dans sa chambre. À l'heure du dîner, elle est descendue avec son chagrin manger. Youssouf la regardait toujours avec prudence. Quand sa fille n'allait pas bien , le dîner était sans chaleur. On n'entendait que les bruits d'argenterie résonnés, une chose qui était assez gênante. Latifa a donc essayé de casser la mauvaise humeur.

_ Comment était ta journée chérie ? As-tu pu retrouver ce fameux garçon ?

Anicha a froncé les sourcils avant de lui répondre.

_ Non, pas encore. Bon, je dois me lever tôt demain. Bonne nuit papa, bonne nuit maman ...

Elle s'est presque enfuie pour rejoindre sa chambre.

Du côté de Benoît, il raconte de nouveau sa journée à sa maman à la fin du dîner, et celle-ci le conseille de la retrouver pour avoir une discussion honnête avec elle, de lui avouer ses sentiments. Il se promet de le faire dès que possible.

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