Couverture du roman Amoureuse de son regard

Amoureuse de son regard

9.2 / 10.0
Dans Amoureuse de son regard, Laura s'éprend d'un homme qui refuse les faux-semblants. Cette romance moderne suit leur quête de vérité, entre secrets cachés et champs de lavande. Découvrez ce web novel captivant parmi nos nouveaux romans en ligne et lisez cette fiction gratuite.
Résumé de Amoureuse de son regard
Lors d'une soirée, Laura est captivée par Kévin, un homme ténébreux refusant de feindre la joie. Sa sincérité brutale la bouleverse et elle succombe instantanément à son charme, bien qu'il ne remarque pas sa présence. Entre un incident domestique, une errance pluvieuse et la découverte d'un coffret secret, leurs destins finissent par s'unir. Ce périple, menant jusqu'en Provence, permettra à ces deux âmes solitaires de panser leurs plaies et de s'aimer enfin.
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Amoureuse de son regard Chapitre 1

Amoureuse de son regard

Chapitre 1_ La rencontre

Je m'appelle Laura, j'ai vingt-quatre ans et je crois encore aux histoires que ma grand-mère me racontait, celles où un seul regard suffit à faire basculer une vie. Ce soir, chez Sophie, je ne sais pas encore que tout va commencer. Ou plutôt, que je vais me jeter dans le vide en croyant voler.

L'appartement est plein à craquer. La musique pulse dans les murs, une playlist électro que quelqu'un a lancée depuis son téléphone. Les gens rient trop fort, les verres s'entrechoquent, et moi, adossée au mur du salon, je sirote un gin tonic en observant cette ruche humaine avec un détachement amusé.

- Tu vas rester plantée là toute la soirée ? me crie presque Sophie en surgissant à côté de moi, deux coupes de champagne à la main. Elle me tend l'une d'elles sans attendre ma réponse. Tiens, bois ça, ça te décoincera.

- Je ne suis pas coincée, je proteste en attrapant la coupe. Je profite du spectacle.

- Le spectacle, il est là-bas, rétorque-t-elle avec un clin d'œil appuyé en direction du canapé d'angle.

Mon regard glisse machinalement vers l'endroit qu'elle désigne, et c'est là que je le vois pour la première fois. Il est assis, légèrement en retrait, un bras négligemment posé sur l'accoudoir. Autour de lui, des gens parlent, gesticulent, cherchent à capter son attention, mais il semble ailleurs. Pas ailleurs dans la lune, non : ailleurs dans une dimension que personne d'autre ne peut atteindre. Ses cheveux bruns sont un peu longs, comme s'il avait oublié de les couper, et sa barbe de trois jours dessine une ombre sur une mâchoire anguleuse. Il ne sourit pas. Il observe, comme moi, mais avec une intensité qui n'appartient qu'à lui.

- Qui c'est ? je demande, la voix soudain moins assurée.

- Nouveau dans la bande. Un ami de Lucas. Il s'appelle Kévin. Paraît qu'il est ingénieur du son ou un truc comme ça. Il a fait les grosses scènes parisiennes.

- Il a l'air charmant, je murmure en buvant une gorgée de champagne. Tu sais, dans le genre sociopathe magnétique.

- Exactement ton style, se moque Sophie avant de s'éclipser pour accueillir d'autres invités.

Je devrais rester là, retourner à mon observation confortable de la faune nocturne, mais une force que je ne contrôle pas me pousse à traverser la pièce. Je slalome entre les corps, évite un type qui danse comme s'il était seul au monde, et j'atterris près du canapé. Il y a une place libre juste à côté de lui. Mon cœur bat plus vite que la musique. Ridicule. Je ne suis pas timide d'habitude.

- Je peux ? je demande en désignant le coussin vide.

Il tourne la tête vers moi. Ses yeux sont sombres. Pas noirs, pas marron, juste... sombres. Comme une forêt la nuit. Il me regarde sans me voir vraiment, et pourtant j'ai l'impression qu'il déchiffre quelque chose en moi que j'ignore moi-même.

- Fais comme chez toi, dit-il d'une voix grave et égale, sans inflexion particulière.

Je m'assois. Mon pouls doit être à cent vingt. Je cherche quelque chose à dire, une phrase drôle, une remarque intelligente, mais mon cerveau est en grève.

- Moi c'est Laura, je finis par articuler.

- Je sais.

Je le dévisage.

- Comment ça, tu sais ?

- Sophie t'a appelée quand tu étais de l'autre côté du salon. Je t'ai entendue répondre.

Il a entendu ça au milieu du vacarme général ? Je sens un sourire idiot se former sur mes lèvres.

- Et toi, c'est Kévin ?

- Apparemment, les renseignements circulent vite.

- Sophie est un bureau d'information sur pattes.

Il esquisse ce qui pourrait être un sourire, si les sourires pouvaient être distants et chaleureux à la fois.

- Alors, ingénieur du son ? je relance.

- Entre autres.

- Mystérieux.

- Réaliste.

Je ris, un peu trop fort peut-être. Son regard s'attarde sur moi une seconde de plus, puis glisse vers la foule.

- Tu ne danses pas ? je tente.

- Pas ce soir.

- Pourquoi ?

- Parce que je n'ai pas envie de faire semblant.

Sa réponse me coupe le souffle. Il ne dit pas ça avec tristesse ou arrogance ; c'est un constat pur, une évidence qu'il partage avec moi comme on lit la météo. Je devrais trouver ça inquiétant, mais c'est tout le contraire. Je trouve ça magnétique, électrique. Je trouve ça vrai.

- Moi non plus, je n'ai pas envie de faire semblant, dis-je plus doucement.

Il incline légèrement la tête.

- Pourtant tu as traversé la pièce avec un sourire de circonstance.

Je rougis. Il a raison, et il me l'assène sans ménagement. Ça pourrait être blessant, mais je le prends comme un défi.

- Peut-être que j'attendais de tomber sur quelqu'un avec qui je n'aurais pas besoin de le porter, ce sourire.

Il ne répond pas. Ses doigts tambourinent lentement sur le tissu de l'accoudoir. La conversation semble flotter entre nous comme une bulle fragile.

Soudain, un grand blond un peu éméché débaroule sur le canapé, renversant la moitié de sa bière sur ma robe.

- Oh merde ! Pardon, pardon ! s'exclame-t-il.

Je me lève brusquement. Le liquide glacé colle le tissu contre ma cuisse. Je lance un regard noir à l'importun, qui continue de s'excuser en boucle. Kévin, lui, n'a pas bougé. Il tend simplement une serviette en papier sans même se lever.

- Tiens, dit-il. L'eau oxygénée pour le tissu, c'est dans la salle de bain.

Pas un geste pour m'accompagner, pas un mot de compassion exagérée. Juste une solution concrète. Et bizarrement, ça me touche plus qu'une galanterie forcée.

Je file jusqu'à la salle de bain tout au bout du couloir. Je referme la porte derrière moi et m'appuie contre le lavabo. Mon reflet dans le miroir me renvoie l'image d'une fille aux joues roses et aux yeux trop brillants. « Calme-toi, Laura, il n'est pas le dernier homme sur terre », je me sermonne à mi-voix. Mais à l'intérieur, je sais que je mens. Ce type est différent. Il ne joue pas. Il ne drague pas. Il est, tout simplement. Et moi, je suis déjà en train de tomber.

Je tamponne ma robe du mieux que je peux, me repoudre le visage, respire un grand coup. Quand je ressors, je tombe nez à nez avec lui, adossé au mur du couloir.

- Ah, tu es là, je balbutie, surprise. Tu t'inquiétais pour ma robe ?

- Non. Je voulais éviter que Lucas me présente un énième de ses potes.

Évidemment. Ce n'est pas moi qu'il fuit, c'est le monde. Je devrais être vexée, pourtant je souris.

- Je te dérange, alors ?

- Moins que les autres.

C'est presque un compliment. Presque.

- Je peux te poser une question indiscrète ? je lance, enhardie.

- Si je dis non, tu vas la poser quand même.

- Tu as toujours été comme ça ?

- Comme quoi ?

- Lunaire. Loin de tout.

Il marque un temps. Son pouce caresse machinalement le bord de sa poche de jean.

- Depuis que j'ai compris que les gens sont des fragments. Ils vous montrent une facette et cachent tout le reste. J'ai arrêté d'essayer de reconstituer le puzzle.

Sa réponse me foudroie. Elle est triste et belle, cynique et poétique. Je veux lui dire qu'avec moi, il n'aura pas besoin de reconstituer quoi que ce soit, que je suis entière, transparente, que je ne cache rien. Mais ce serait trop, trop vite.

- Moi, je crois qu'il faut tomber sur la bonne personne pour avoir envie de rassembler les morceaux, je réplique.

- « Tomber », c'est le mot, murmure-t-il.

Il y a un silence. Pas gêné. Lourd de sens.

Soudain, la porte d'entrée s'ouvre à la volée et un type en costume de pingouin - je ne plaisante pas, un vrai déguisement de pingouin fait irruption en hurlant « BON ANNIVERSAIRE SOPHIE » avec deux heures d'avance sur le compte à rebours. Un tumulte général s'ensuit, des cris de surprise, des rires hystériques. Sophie, depuis la cuisine, hurle de joie et se précipite vers l'intrus.

Kévin et moi sommes séparés par la vague humaine. Je le vois s'éloigner, les mains dans les poches, silhouette noire dans la cohue colorée. Je crie son nom par-dessus les têtes, je ne sais même pas pourquoi, je ne sais même pas ce que je veux.

Il se retourne, plante son regard dans le mien. Me fait un signe de tête. Léger. Presque doux.

Et il disparaît par la porte de la cuisine, avalé par la fête.

Je reste là, le cœur en chamade, la robe tachée, entourée de gens qui dansent autour du pingouin en braillant une chanson paillarde. Sophie m'attrape le bras.

- Alors, il est comment, le ténébreux ?

- Il est... il est tout, je réponds sans réfléchir.

Elle éclate de rire.

- Ma pauvre Laura, te voilà bien accrochée.

Elle ne croit pas si bien dire. Je ne sais même pas d'où vient Kévin, où il va, ce qu'il aime, ce qu'il déteste. Je sais juste que j'ai envie d'être la personne qui découvrira tout ça. Je sais que je viens de rencontrer un inconnu qui m'a parlé comme personne ne m'a jamais parlé, avec une honnêteté brute qui rend tout plus lumineux, même l'ombre.

La soirée continue sans lui, et chaque minute qui passe est une petite déception. Je tends l'oreille au cas où il reviendrait, je surveille la porte de la cuisine. Rien. Je finis par rentrer chez moi à trois heures du matin, les pieds en compote, la tête en vrac.

Allongée dans mon lit, je fixe le plafond. Je repense à sa voix, à ses silences, à cette phrase sur les gens qui sont des fragments. Et je me fais une promesse idiote, immense, bouleversante.

Je le retrouverai.

Je ne sais pas encore que cette promesse va changer ma vie, et pas de la manière dont je l'imagine. Pour l'instant, je ne vois que lui. Rien que lui. Et je m'endors avec l'image de ses yeux sombres gravée sous mes paupières, absolument certaine qu'au milieu de cette nuit qui était la sienne, une petite étoile s'est allumée pour moi.

Ce n'est que bien plus tard que je comprendrai : il ne l'a jamais vue scintiller.

À suivre.....

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Table des matières de Amoureuse de son regard

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