
Amélie: La Vengeance Sucrée de l'Amour
Chapitre 3
« Fini ? Mais vous n'avez même pas commencé ! » a crié le surveillant, M. Giraud, sa voix tremblante d'indignation. Il a pointé un doigt accusateur vers les morceaux de papier sur ma table. « C'est un acte de sabotage ! Vous réalisez les conséquences ? »
Je l'ai regardé droit dans les yeux, sans la moindre trace de peur. La peur, je l'avais déjà connue. J'avais connu le pire. Ça, ce n'était rien.
« Oui, je réalise. Cette voie n'est pas pour moi. Je n'en veux plus. »
Ma voix était calme, posée, mais chargée d'une finalité qui l'a laissé sans voix. Je n'ai pas attendu sa permission. J'ai ramassé mon sac et j'ai commencé à marcher vers la sortie.
Le silence dans la salle a été rompu par une vague de chuchotements.
« C'est Amélie Dubois... La première de la classe. »
« Qu'est-ce qui lui prend ? Elle a pété les plombs. »
« J'ai toujours su qu'elle était bizarre. »
J'ai passé les rangées, mon regard balayant les visages. J'ai vu la confusion, le mépris, la pitié. Puis mon regard a croisé celui de Chloé Moreau. Elle n'avait pas l'air surprise. Il y avait une lueur triomphante dans ses yeux, un petit sourire satisfait qu'elle a rapidement masqué par une expression de fausse inquiétude. À côté d'elle, Antoine me regardait avec un mélange d'irritation et d'embarras, comme si mon comportement le déshonorait par association.
Tout était déjà là. Les graines de la trahison future. Sauf que cette fois, je les voyais.
M. Giraud m'a rattrapée à la porte et m'a attrapé le bras. « Vous n'allez nulle part. Vous venez avec moi dans le bureau du proviseur. Tout de suite. »
Je l'ai suivi sans protester. La confrontation était inévitable. Dans le bureau du proviseur, M. Vallet, un homme habituellement calme, avait l'air profondément troublé. Il a joint ses mains sur son bureau, me regardant par-dessus ses lunettes.
« Amélie, expliquez-moi. Vous êtes notre meilleur espoir pour le concours général, vous avez des notes exceptionnelles. Pourquoi ce... geste ? »
Avant que je puisse répondre, mon regard a été attiré par un détail. Sur le tableau d'affichage derrière lui, il y avait les résultats d'une compétition de mathématiques récente. Chloé Moreau : 1ère. Amélie Dubois : 2ème.
Je me suis souvenue de cette compétition dans ma vie antérieure. J'avais buté sur un problème complexe, j'y avais passé des heures, j'avais finalement trouvé une solution mais j'avais fait une petite erreur de calcul à la fin, ce qui m'avait coûté la première place. Chloé, elle, avait rendu une copie parfaite. À l'époque, j'avais simplement admiré son talent.
Maintenant, un doute glacial s'est insinué en moi.
Chloé n'était pas aussi brillante que moi en mathématiques pures. Elle était travailleuse, ambitieuse, mais elle n'avait pas l'intuition, la créativité pour résoudre des problèmes de ce niveau. Comment avait-elle pu me battre ? Comment avait-elle pu trouver la solution parfaite à un problème qui m'avait donné tant de mal ?
Une théorie folle a commencé à germer dans mon esprit. Une théorie si absurde qu'elle en devenait presque plausible. Dans ma vie passée, j'étais trop naïve pour y penser. Mais maintenant...
Et si elle ne trichait pas en copiant sur un voisin ? Et si elle trichait en copiant... sur moi ? Mais comment ? D'une manière ou d'une autre, elle avait accès à mon raisonnement, à mes brouillons mentaux. C'était la seule explication.
Il fallait que je teste cette hypothèse. C'était la clé pour comprendre l'injustice qui m'avait poursuivie.
J'ai ignoré la question du proviseur et j'ai dit d'une voix claire : « Monsieur, je me suis trompée. C'était un coup de stress. Je voudrais une autre copie. Je veux passer l'épreuve. »
Le proviseur et M. Giraud ont échangé un regard soulagé.
« Bien sûr, Amélie, bien sûr ! » a dit M. Vallet. « On va arranger ça. »
Je suis retournée dans la salle d'examen, sous les regards curieux de tout le monde. On m'a donné une nouvelle copie. J'ai pris mon stylo. Mais cette fois, mon objectif n'était pas d'avoir la meilleure note.
Mon objectif était de tendre un piège.
J'ai parcouru les exercices. J'ai choisi le problème le plus difficile, celui qui demandait une longue série de calculs et une démonstration complexe. Je l'ai résolu rapidement dans ma tête, la solution claire et évidente.
Puis, j'ai commencé à écrire. J'ai exposé la méthode de résolution, étape par étape, de manière impeccable. C'était mon raisonnement, pur et logique. Mais à l'avant-dernière ligne du calcul, j'ai introduit une erreur. Une erreur subtile, mais fondamentale. Une erreur qui menait à un résultat final complètement faux, même s'il avait l'air plausible à première vue.
J'ai écrit ce faux résultat, je l'ai encadré proprement. J'ai posé mon stylo, le cœur battant. Le piège était tendu. Maintenant, il ne me restait plus qu'à attendre de voir si le poisson allait mordre.
Vous aimerez aussi





