
Aime-Moi, Hais-Moi
Chapitre 3
L'indifférence d'Eleonora blessait profondément Quentin.
Il s'accroupit alors et saisit le menton d'Eleonora.
Celle-ci redressa la tête et se mit à fixer Quentin, qui était extrêmement en colère.
Ses yeux, aussi profonds que des gemmes noires, semblaient transpercer Eleonora. Ses lèvres s'étaient courbées comme un arc sarcastique : « Tu me maudis constamment dans ton cœur, non ? Femme, dis simplement ce que tu veux dire. Tu n'as pas besoin d'être si hypocrite. L'hypocrisie est-elle le synonyme de la famille Balton ? Tel père, telle fille ! » Pendant qu'il continuait de vociférer, Eleonora n'avait pu s'empêcher de fondre en larmes.
Ses larmes firent que Quentin s'était senti dérangé dans sa peau, mais il augmenta encore la force de sa main. Eléonora avait l'impression que son menton se détachait de son visage.
« Je t'ai dit que je déteste les larmes ! Arrête tes larmes hypocrites ! Ne pleure pas devant moi. Je suis encore en vie, et je n'ai pas besoin que tu pleures pour moi », avait dit Quentin de façon impitoyable. Ses yeux brillaient de colère, comme s'il aurait été capable de lui ôter la vie sans état d'âme, si elle se permettait de poser de nouveau un acte qui lui serait préjudiciable. Eleonora savait qu'elle n'avait jamais rien fait de bien selon lui.
« Si tu me détestes autant, laisse-moi partir. Pourquoi me retiens-tu ? »,dit Eléonora en sanglotant.
« Très bien ! Tu me dis enfin ce que tu penses réellement. Tu me demandes de te laisser partir, pour que tu sois libre? Pas question ! »
Quentin l'avais brutalement repoussée. Eleonora retomba sans force. Elle s'était efforcée de tendre sa main droit afin de soutenir son corps défaillant. Par mégarde, la paume de sa main avais retrouvé au sol les morceaux de porcelaine brisés qui la transpercèrent. Tout à coup, du sang commença à s'écouler vivement.
Eleonora, sous l'effet de la douleur, avait pris une profonde inspiration.
Quentin tourna son regard et vit le sang couler de sa main. Il paniqua un moment. Il n'a pu s'empêcher de lui tendre la main, mais l'a baissée aussitôt.
Il dit alors d'une voix froide et lourde: « Dépêche-toi de régler ces problèmes. Ne sais-tu pas que j'ai horreur de la saleté et du deuil ? »
Eleonora se leva. Elle brava la douleur et se rendit à la pharmacie, traita sa blessure et la recouvrit de bande.
Puis, elle revint nettoyer le sang et les débris de la tasse sur le sol.
Quentin s'était tenu à l'écart, regardait sa fine silhouette et s'en réjouissait.
Pouvait-il se sentir désolé ?
Comment le serait-il ?
Cela était impossible !
N'était-ce pas dans l'unique but de la torturer qu'il l'eut épousée ?
Ses quelques blessures mineures avaient-elles une importance ?
Comparées aux offenses commises par son père, elles n'étaient rien du tout.
Après avoir pris un court instant à soliloquer ainsi intérieurement, Quentin, insensible à la peine que vivait son épouse, avait déclaré violemment :
« Nous divorcerons demain ! »
Elle entendit résonner de derrière la voix indifférente de Quentin qui semblait provenir des enfers.
Le divorce?
Était-il finalement prêt à la laisser partir?
« Oh ! » répondit machinalement Eleonora.
Dans le monde de Quentin, elle devait obéir à tout sans condition.
Elle accepta donc sans hésiter. Vraisemblablement, c'était l'attente la plus pressante de son cœur.
Quentin le ressentit avec indignation.
« Nous avions signé une convention de mariage par acte notarié. Nous y avions prévu tout concernant notre union, notamment la question de la propriété. Tout ce qui est ici appartient à la famille Lance. Aucun bien n'est à considérer comme acquêt. Ainsi donc tu devrais en principe sortir de la maison, comme tu étais venue, c'est-à-dire les mains et le compte bancaire vide. Mais vu que tu es Mme Lance depuis un an déjà, je consens à te laisse ce manoir ! »
« Non, je ne veux rien ! » s'entêta Eleonora.
Quentin sourit avec mépris et dit : « Tu ne demandes rien ? Tu te crois si noble ! »
Eleonora savait qu'à ses yeux, les gens de la famille Balton étaient fort misérables .
« Je t'avais dit il y a bien longtemps, que si nous divorcions, je sortirais de la maison sans aucun bien ». La voix d'Eleonora n'était pas forte, mais il y avait une sorte d'entêtement auquel on ne pourrait s'opposer. Sa prière n'était que de réussir à sortir de cette prison déguisée en vie de couple.
Elle ne s'attendait point à obtenir quoi que ce fût dans ce court simulacre de mariage.
« Tu n'es pas meilleure que les autres femmes que j'ai connues. Pourtant tu es Mme Lance depuis un an. Même si tu avais quelque privilège, tu t'es inclinée pour me servir pendant toute l'année ! », dit Quentin en ricanant.
Ses mots mirent Eleonora très mal à l'aise.
Oui, à ses yeux, sa femme n'était qu'une marionnette et un outil lui servant à évacuer sa colère. Pendant cette année de mariage, la torture physique et mentale qu'il lui faisait subir était semblable à un long cauchemar. Eleonora n'avait cessé de prier pour que ce cauchemar prenne fin le plus tôt possible. Maintenant, il avait finalement dit le mot qu'elle voulait le plus entendre, c'est-à-dire le divorce.
Eleonora se sentit soudainement détendue.
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