
Adieu, mon amour perdu
Chapitre 3
À l'université, nous nous connaissions tous les trois. Pierre, Chloé et moi, nous étions membres du conseil étudiant. J'étais dans une promotion inférieure. Pierre était le président, brillant, charismatique. Chloé était la vice-présidente, belle et intelligente. Ils formaient un couple parfait, le genre de couple que tout le monde admire. Ils semblaient faits l'un pour l'autre.
Moi, j'étais juste une étudiante discrète, une petite main au conseil. J'aimais Pierre, mais en secret. Je n'aurais jamais osé rêver de plus.
Chloé a pincé les lèvres, un petit sourire en coin.
« Élise, ces dernières années, tu as bien pris soin de Pierre. »
Ses mots étaient mielleux, mais je comprenais très bien ce qu'elle voulait dire. Elle me rappelait que j'étais une remplaçante, une gardienne temporaire. J'ai serré les poings dans mes poches. Mais j'ai gardé mon calme.
« Pas de problème, après tout, je suis sa femme. »
J'ai insisté sur le mot "femme". Le sourire de Chloé s'est figé une fraction de seconde.
À ce moment-là, une infirmière est arrivée avec un fauteuil roulant. Pierre a déposé Chloé dedans avec une douceur infinie, arrangeant une mèche de cheveux qui tombait sur son visage. Les hommes peuvent être doux, oui. Mais seulement avec la personne qui compte pour eux. Mon cœur s'est serré.
Chloé a levé la tête vers Pierre pour le remercier, puis ses yeux se sont posés sur moi.
« Élise, tu attends pour voir un médecin ? »
Sa voix était pleine d'une fausse sollicitude.
« Non, j'ai déjà vu le médecin. Je m'apprêtais à partir. »
Soudain, Chloé a tiré faiblement la manche de Pierre, sa voix est devenue encore plus douce, presque un murmure.
« Pierre, mon hypoglycémie recommence, j'ai besoin de quelque chose de sucré. »
L'anxiété s'est immédiatement peinte sur le visage de Pierre.
« D'accord, je vais en acheter tout de suite. »
« Non, ne me laisse pas. Reste avec moi. » a-t-elle supplié.
Il a eu l'air partagé, impuissant. Puis il s'est tourné vers moi, son expression changeant du tout au tout. L'inquiétude a laissé place à une indifférence froide.
« Élise, tu peux aller acheter une boîte de chocolats ? Et tu les apportes au cinquième étage, chambre 502. »
Sa demande était un ordre, pas une question. J'ai senti un rire moqueur monter en moi. C'était donc ça. Demander à sa femme d'aller acheter des chocolats pour son ex-petite amie. Le jour de leur anniversaire de mariage.
« Pierre, je suis ta femme, pas ta bonne. »
Une lueur de surprise a traversé ses yeux, mais elle a vite disparu. Elle a été remplacée par de l'impatience, de l'agacement.
« Élise, quand est-ce que tu es devenue comme ça ? Tu ne vois pas que Chloé fait une crise d'hypoglycémie ? Si elle n'avait pas besoin que je reste avec elle, je ne te demanderais pas d'y aller ! »
Sa voix était dure.
« Pierre, tu ne vois pas, toi ? Je sors tout juste de la consultation du gynécologue. »
J'ai marqué une pause, le laissant absorber l'information, même s'il ne semblait pas y prêter attention.
« Et puis, tu as oublié que tu es marié ? Tu la portes dans tes bras juste devant moi, tu me prends pour quoi ? Une idiote ? »
Le visage de Pierre s'est durci, l'impatience a gagné. Il a parlé sans réfléchir, jetant les mots comme des pierres.
« Élise, n'avions-nous pas convenu de ne pas nous mêler de la vie privée de l'autre ? Tu as déjà oublié ? »
J'ai éclaté d'un rire sec, sans joie. Ma main s'est à nouveau éloignée de mon ventre. L'accord. Il osait me parler de cet accord maintenant.
Je me suis levée. Je l'ai regardé droit dans les yeux.
« Pierre, comme tu veux. »
Chaque mot était détaché, froid.
Puis, je lui ai tourné le dos. Et je suis partie, sans un regard en arrière.
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