
A QUI LE CŒUR DE LA DOMESTIQUE ?
Chapitre 3
Monique, ne pouvant croire ses yeux, se mit à secouer désespérément la tête. Se dirigeant vers le lit, elle se laissa choir sur le machin, prit sa tête entre les mains. Aussitôt, les larmes se répandirent sur tout son visage. Prenant son courage à deux mains au bout de quelques minutes plus tard, elle fléchit les genoux par terre et fixa le ciel.
– Seigneur, à cause de mon infertilité, on m'humilie, on me juge de tout.
La malheureuse s’assit et s'empara de son téléphone puis y composa rapidement quelques chiffres. Elle patienta un moment et une femme la décrocha au bout du fil.
– Allô maman !
– Oui allô, ma fille ! Comment ça va et pourquoi ta voix est si triste ?
– Maman, je vais revenir à la maison.
– Tu vas revenir à la maison, mais pourquoi ?
– Maman, ne me posez pas trop de questions s'il vous plaît. J'en ai déjà trop supporté.
– Ma fille, on ne dit pas ça ; on reste malgré tout.
– Maman, je n’en peux plus et ce n'est pas d’ailleurs de ma volonté ! Celui que j'ai tant aimé durant toutes ces années n'a plus envie de me voir sous son toit, et que voulez-vous que je fasse ? Il m’a répudiée, maman.
– A-t-il ouvert sa bouche pour te dire qu’il ne veut plus de toi ?
– Maman, croyez-moi sur parole.
– D’accord, là tu peux revenir ! Tout le monde pourrait te haïr sauf nous qui sommes tes parents.
– Merci, maman.
Monique raccrocha le téléphone.
***
L'astre de la nuit venait de céder place à celui du jour. Anatole, comme d'habitude, attendait Régina dans la voiture avec son cure dent dans la bouche. Quelques minutes plus tôt, apparut celle-ci.
– Euh...je suis désolée, je recherchais dans la chambre le stylo qui m’avait servie à faire mes exercices hier nuit.
Le chauffeur accueillit la nouvelle d’un petit sourire.
– Anatole, tu peux maintenant démarrer, ordonna-t-elle.
Sur ce, le chauffeur conducteur mit le moteur en marche puis, dans un laps de temps, Agossou, le gardien de la maison ouvrit les deux battants et le véhicule s’engagea sur la route.
– Mais Anatole, appela Régina l’air gai, quand me montreras-tu ta petite amie ?
– Ma petite amie ? Veux-tu vraiment la connaître ?
– Si ! Puisqu’avec ton charme, ta chérie serait identique à une fée !
– Dommage que je n'en ai pas encore, répondit l’autre tout sourire.
– Arrête de me mentir et sois sérieux avec moi.
– Mais, je suis sérieux ! Tu sais pourquoi je n'ai pas encore de petite chérie ?
– Non, dis-le-moi !
– C'est tout simplement parce que les femmes de nos jours ne sont plus sérieuses ! Elles aiment de l’argent et quand elles finissent de te bouffer, elles continuent leur chemin avec d’autres hommes ! C’est cela que je crains, moi.
– Est-ce donc à cause de ça que tu ne voudrais pas en avoir une maintenant ?
– Si ! Je l'aurai mais pas maintenant ! Et toi, qui es ton prince, toi ?
– Moi ? Mon prince ? Avec toutes ces surveillances qui m’entourent ? Après l'école, me vois-tu aller quelque part ?
– Mais, tu peux être surveillée et pourtant en avoir un !
– C’est vrai, tu n’as pas tort et je projette l’en avoir d'ici peu.
– Ah bon ? Ton filet en a déjà capturé un ?
– Pas encore !
Et le Ranger finit à s’immobiliser devant le lycée.
– Bon, disons à ce soir n’est-ce pas ! s’exclama Régina.
– Oui, à ce soir ! Bonne journée à toi.
– Merci et pareille !
Et comme pour se taquiner, Régina et son chauffeur s’échangèrent de petits clins d’œil.
***
Monique, depuis son arrivée chez sa mère, ne faisait que pleurer. Elle pleurait telle une petite fille qui venait de perdre son père et sa mère, les deux à la fois. Elle pleurait sans s’en contenir.
– Attends Monique, sont-ce les pleurs qui résoudront ta situation ?
– Maman, je n’ai pas envie de quitter Armel, je l'aime, sans vous mentir.
– Je sais que tu l'aimes ! Mais voilà qu'il ne t'aime plus. Ou vas-tu le forcer à t’aimer alors qu’on ne force pas l’amour ?
– Non, il m’aime aussi ! A part lui, je ne veux plus qu'aucun autre homme voit ma nudité.
– Tu as peut-être raison ! Mais ma fille, je crois que mieux serait que tu l’oublies et que tu changes la page. Parfois c’est le destin qui nous met à l’épreuve des faits. Peut-être que vos destins ne sont pas faits l’un pour l’autre. Il y en a plein de ces cas. Et c’est lorsqu’ils se détachent l’un de l’autre qu’ils finissent par connaître le vrai bonheur.
– Maman, je t’ai bien entendue ; tu voudrais donc que je change la page d’Armel ?
– Si ! Tu devras commencer avec un autre homme, c’est très important. Et tu sais, aucune bonne mère ne va vouloir le pire pour son enfant. Plusieurs fois déjà, je t’ai déjà fait cette proposition mais tu ne m’as jamais écoutée. Peut-être que cet imbécile d’Armel n'est pas ton genre.
– Maman, s'il te plaît, ne l'insulte pas je t’en prie, reprocha Monique.
– Non, il mérite bien des injures. S'il t'aimait vraiment comme toi tu en penses, jamais il ne te renverrait de chez lui. Il va plutôt chercher à te motiver, c’est ça le bon couple.
– Maman, je sais que tu as raison mais s’il te plaît, s’il te plaît, sois gentille avec lui-même s’il estime que tout soit fini entre lui et moi.
– Ok, puisque tu ne voudrais pas que je contre lui, c’est entendu.
Tout à coup, le téléphone de Monique se mit à sonner.
– Allô Lanette, répondit-elle.
– Oui allô, je suis devant ta maison et je klaxonne mais tu ne viens pas m’ouvrir !
– Je suis actuellement chez mes parents.
– Tu leur as rendu visite, c’est ça ?
– Non, It m'a enfin renvoyée.
– Il t’a fait quoi ? Et pour quelle raison ?
– Pour la même raison, celle que tu n'ignores pas !
– Je ne peux pas y croire ! Tu me laisses le contacter, suggéra l’autre, vexé.
– Non s’il te pl…
Et plouf, l’autre avait interrompu l’appel au bout du fil.
Pendant que Monique tentait à rappeler son interlocutrice, celle-ci composait un numéro de l’autre côté pour joindre un correspondant.
– Allô Armel !
Au bout du fil, l'appelé fut ébahi de ce qu’il venait d’entendre en premier de la bouche de sa correspondante qui avait déjà l’habitude de l’appeler tonton, une expression qui incarnait la politesse et un grand respect.
– Et que puis-je pour toi ? lui demanda-t-il, déjà énervé.
– Je ne veux rien de toi, mon œil ! Je veux juste que tu me dises la raison pour laquelle tu as renvoyé ta femme de ton toit ?
– Puis-je connaître de la femme dont tu parles ?
– Tu en avais combien ?
– Ne me pose pas cette question, d’accord ?
– Armel, j’ai fini par te détester ; mais sache une chose : plus jamais tu n’auras une femme de son genre.
– Et moi-même je ne le souhaitais pas ! Je veux plutôt avoir celle qui me fera d'enfants et non une femme qui…
– Tais-toi ! Espèce de bon à rien !
– Et toi, espèce de prostituée !
– Écoutez-moi ce qu'il raconte, il n’a même pas honte ; crétin.
Sur cette dernière phrase, Lanette raccrocha le combiné et l’empocha dans son sac, frustrée.
***
Des jours passaient. De même que des nuits. Monique arrivait enfin à se débarrasser des pensées indélébiles de son mari raté même s’il lui en restait encore quelques-unes qui ne pourraient l’échapper.
– Ma fille, appela un jour Adora, sa daronne, tu es encore très jeune et je voudrais que tu entreprennes une activité. Qu’en penses-tu à propos ?
La jeune femme poussa un long soupire et, le regard enfouit dans celui de sa mère, elle répondit :
– Maman, j’y ai aussi pensé mais franchement, je ne sais quoi entreprendre.
– Sinon c’était ma mère qui me disait quelque chose quand elle était vivante : une femme vertueuse se bat pour deux choses.
– Et quelles en sont ces deux choses ? s’enquit Monique.
– La première des choses pour laquelle elle se bat est le son gagne-pain. Avec ça, même son homme de foyer la respecte et la considère que tout.
Un moment de silence vint aplanir les lieux.
– C’est vrai, maman, je partage son avis. Et quelle en est la deuxième ?
– Après le gagne-pain, vient ensuite l'homme de sa vie.
– Vraiment, ma grand-mère serait vraiment une personne domptée de sagesses. Mais maman, et voilà que moi je ne m'étais pas battue en premier pour mon gagne-pain.
– C’est en cela qu’on dit que les conséquences corrigent mieux que les conseils. Quand les voisins me parlaient de toi et de ton soi-disant mari dans ce pays et que je te criais dessus, si tu avais dû m’écouter, tu ne serais pas l’objet de ses emmerdements aujourd’hui ! Si tu m’avais écoutée dans le temps, je crois que tu aurais déjà décroché ton BAC comme Camelle, ta copine de tous les temps ! Voilà maintenant tu as tout perdu.
Ce rappel que venait de lui faire sa maman, la plongea dans une lourde nostalgie que Monique finit par regretter.
– Pourquoi est-ce que pleures ? Mieux te taire parce qu’on ne rattrape plus le temps passé.
A cette tirade, Monique s’agenouilla entre les jambes de sa mère et d’une voix abattue, commença à supplier celle-ci.
– Maman, daigne me pardonner s'il te plaît ; je ne savais pas que ça me rattraperait un jour.
– La vie est basée sur les lois du karma et quoique l’on fasse, tôt ou tard, il y a son prix. Ton père, paix à son âme, promettait te mettre dans le corps armé tout comme tes deux frères aînés. Mais à défaut de ton entêtement, il t'avait ignorée jouir de ta liberté ! Voilà enfin là où tu t'es retrouvée.
Monique, devant les déclarations de sa mère, n’arrivait pas à contenir pendant une seconde ses larmes qui lui ruisselaient le long des joues.
– Dans le temps, ajoutait la mère, lorsque je te menaçais et t'interdisais la compagnie de ce vaurien, tu me gardais rancune à longueur de journée et parfois, pendant des semaines comme si je tenais à te priver de ton précieux diamant. Alors que je faisais tout ça pour ton bien parce que je sais de quoi sont capables les hommes ; peu d’entre eux tiennent à leur promesse ; voilà que tu en as été victime.
– Tcho, maman, je te demande pardon, dit-elle, tout le visage maculé de larmes.
– Je t'ai déjà pardonnée ! Ce qu’il faut tout simplement savoir est que quand un parent reproche quelque chose à son enfant, pour éviter les éventuels risques, l’enfant a le devoir d’écouter ses parents puisqu’ils sont ses demi-dieux et savent comment l’épargner des dangers de la vie. Observe un peu Bintou, ta grande sœur. Elle a été dotée par son mari et les membres de sa belle-famille ! Imagine depuis qu'elle est partie, est-ce que tu l'as jamais vue revenir dans cette maison ? Elle ne reviendra jamais parce que son mari connaît sa valeur et la traite comme un ballon d'or ! Son mari ne va jamais oser lui faire du mal car, nous lui avions confiée notre fille sous un prétexte. Mais toi, parce que ton père et moi insistions que jamais tu n’allais pas te marier sitôt tant que tu n'aurais terminé tes études, alors tu as fui pour aller le joindre ! Maintenant, où es-tu revenue maintenant ? N'est-ce pas la même demeure d’où tu t’étais enfuie ? Tu sais ma fille, en notre temps, les choses ne s'étaient pas passées telles qu’elles se passent aujourd'hui ! Nous, en notre temps, on n’avait jamais désobéi à nos parents. On ne faisait rien qui allait contre leur volonté. Il faut que les parents soient fiers du mari qu'a choisi leur fille. Toi-même imagine un peu, depuis que tu es partie, penses-tu que ton idiot d’Armel nous a une seule fois rendu visite ? Même à la mort de ton père, tous les deux autres maris de tes sœurs étaient présents, mais lui non ! Tout simplement parce qu’il a trouvé une femme née d’un arbre et qui n’a aucun parent.
Pendant que maman Monique exprimait son désarroi et son mécontentement, Monique ne faisait que pleurer. Elle avait le visage plein de larmes telle une personne qui regrettait avec grande amertume, un acte très horrible. On dirait que la mère, de par ses paroles, lui infligeait des coups qui lui faisaient très mal.
En réalité, la mère l’avait pardonnée mais elle se rappelait encore de tout à chaque qu’elle fermait les yeux.
Et c’est normal d’ailleurs. Il est souvent difficile d’oublier certaines choses même si ce sont des actes pardonnés.
Monique, quant à elle, ne cessait de pleurer. Les larmes lui coulaient fortement.
– Mieux vaut te taire que de pleurer.
Certes, malgré tous les soulagements que lui léguait sa mère, Monique reconnaissait enfin d’avoir profondément blessé ses parents dont la mère en l’occurrence.
– Maman, appela-t-elle tout désespérée, pard...pardonne-moi s'il te plaît ; je ne savais que tout ceci allait arriver.
-Moi, je t'ai déjà pardonnée ! Quant à ton père, je ne sais pas. Il est vrai que ton père n'est plus de ce monde, sache que tu as aussi ta part parmi les raisons qui lui ont rendu la vie invivable. Tu lui as donné trop de soucis, il faut que je te l’avoue.
A ces paroles, Monique eut envie de s’étrangler. Et comme pour rejeter le tort sur Armel, elle commença par chuchoter. On pouvait l’entendre dire :
– Armel, je ne te pardonnerai jamais ! Jamais tu n'auras la paix dans ta vie. Si c'est bien toi qui m'as privé de ma virginité, jamais tu n'auras la paix dans ta vie. Cette maison que nous avions pris du temps à construire ensemble, tôt ou tard, tu la vendras et tu finiras par déambuler de rue en rue. Compte sur ma ferme volonté.
***
Ce matin, calme dans sa chambre, réfléchissant aux paroles de la veille, Monique ne savait comment se faire excuser de nouveau auprès de sa mère pour que plus jamais, elle ne se rappelle des torts qu’elle lui a posés. Dans sa cervelle, se déroulaient des films. Oui, des films du passé, non, plutôt de son passé. Elle voyait à travers ces images combien toute sa famille se fâchait après elle. Elle voyait comment son père la menaçait en lui réprimant de continuer ses études. Elle voyait également comment, un jour, elle-même s'était rendue à la police, apporter à ses parents une feuille sur laquelle on pouvait en lire en grand caractère, CONVOCATION.
Déprimée, elle baissa la tête puis commença par monologuer à nouveau.
– Armel, si jamais ta vie ne se transforme pas en calvaire, je...je...je ferai tout pour te nuire. A cause de toi, j'ai désobéi mes parents et maintenant tu m'as fait ça ? Non, tu vas le payer amèrement ! Compte sur ma bonne volonté.
Soudain, son téléphone se mit à sonner. Bien qu’elle fût triste, elle décrocha le combiné.
– Allô ?
– Oui, Lanette !
– Bonjour Monique, comment ça va ?
– Je suis là !
– Super, alors, j’ai une nouvelle à t’annoncer ?
– Laquelle ?
– Ton Armel s'est remarié.
– Ah bon, il s'est remarié ? Alors ça ne m'intrigue pas, ma chère. C’est ce qu’il attendait.
– Je ne peux que te soumettre à la patience.
– Oui, Dieu m’assistera, j’en suis certaine ! Je ne te disais pas qu'il revenait tard la nuit ?
– Si !
– C’était le plan.
– Les hommes sont trop méchants.
– C’est ma passion et je sais qu’il en a qui vivent le pire que moi.
– C’est vrai et crois-moi, ton Dieu ne t’abandonnera pas.
– Merci ma copine.
– Je t’en prie. Et dis-moi, comment se porte ta mère ?
– Elle se porte à merveille.
– D’accord, bien de choses à elle de ma part.
– Je ne manquerai pas.
– A bientôt.
– Oui, à tantôt.
Et ce fut sur cette formule de fin de communication que s’interrompit l’appel téléphonique.
Vous aimerez aussi





