
A lui définitivement ?
Chapitre 3
La semaine était vite arrivée à sa fin. Vu que le maître travaillait à des horaires de folies ces derniers jours, j'ai décidé d'aller passer quelques jours avec Coco et Carlos à Bordeaux. Passer du temps avec ma copine m'a fait vraiment beaucoup de bien. C'est comme si cela faisait une éternité et avec tout ce qui s'était passé, le maître et moi étions d'accord sur le fait que je méritais largement une pause loin de tous les drames qui apparaissent dans ma vie depuis que nous nous connaissons. Je me demande si je lui manque...
Il m'envoie des messages de temps à autres pour s'assurer que j'ai bien mangé et autant de fois qu'il m'ordonne journalièrement. Même Coco m'a fait remarqué que j'avais pas mal maigri. Elle me l'avait dit en rigolant sur le moment, mais je savais qu'elle était inquiète et il s'agissait de la dernière chose que je voulais.
Concernant notre fameuse bande, Celia comme a son habitude, vit entourée de ses formules. Elle semble complètement faire fi des remarques de Coco qui pense qu'elle devrait chercher un copain. Elle préfère profiter pour vivre sa passion et s'amuser comme elle le sent. Selon les jours, je ne peux qu'être totalement d'accord avec elle. Carlos et Coco semblent aller bien. En arrivant j'avais cru sentir une tension entre eux, mais ce sentiment a bien vite disparu. Ils semblent aussi complice et mignons qu'à leur habitude. Je me demande quand est-ce qu'ils vont se fiancer ? Je sais que c'est une chose qui turlupine ma copine et qu'elle attend avec impatience. Si leur couple se résumait à elle seule son avis, ils seraient déjà mariés avec 3 enfants. C'est vrai que depuis que nous nous connaissons, elle a toujours eu des sentiments pour Carlos. Même si au départ ce dernier ne la regardait pas de cette façon. Elle a vraiment passé des années à le conquérir petit à petit, donc se fiancer serait pour elle une consécration de son travail durement effectué. J'ai l'impression que seule cette étape pourra la rassurer totalement, c'est comme si elle avait toujours peur de le voir partir ou disparaître du jour au lendemain. Je peux un peu comprendre son angoisse, mais dès fois je me dis qu'elle est trop stressée. Cela fait quand même plus de 3 ans qu'ils sont en couple et tout semble marcher comme sur des roulettes pour eux.
Finalement j'ai fini par rester plus longtemps que prévu. Le maître m'a envoyé un message pour m'informer que Stella avait bien déménagé le samedi comme convenu. Rien qu'apprendre cela, m'a foutu le moral en l'air pour une partie de la journée. Mais comme avec Coco, on ne peut pas rester longtemps fâchée, j'ai fini par retrouver le sourire. Je vis comme une vraie touriste, avec les avantages d'avoir mon séjour aux frais d'une autre personne, en plus une, au portefeuille assez large. Je me dis que quand je dépasserais la limite, je me ferais sûrement sonner les trompes. Mais pour l'instant ce n'est pas encore le cas, donc j'en profite sans-gêne.
J'ai finalement fini par partir après 10 jours. Rien ne me pressait, rien ne m'attendait à Paris, mais l'idée de laisser ces 2 personnes en tête à tête aussi longtemps me déplaisait particulièrement. En partant, j'ai promis à Coco de venir plus souvent et je suis repartie embrasser ma réalité.
J'ai dit au maître que je rentrais demain après-midi. Je m'imagine bien sa surprise quand il me verra à la maison ce soir. Je suis assez excitée à l'idée de le revoir. Mine de rien, il m'a quand même manqué. J'arrive à l'appartement assez tard, vers les 21 heures. Je ne prends pas la peine de sonner, de toute façon Clarisse doit être rentrée chez elle et pour une fois j'ai mes clés sur moi. J'ouvre et je pénètre dans l'entrée. J'entends des voix provenant du séjour. Je m'avance, transportant mon trolley par la même occasion, et ce que je vois, me fait une sacrée pique. Je ne sais vraiment pas comment va tenir cette relation.
Installés au salon, mon Doms, visiblement profondément endormi, a la tête posée sur les cuisses de Stella qui sirote un verre de vin. Quand elle m'aperçoit, elle me sourit et me fait signe de ne pas faire de bruit. Si je m'écoutais, je hurlerais pour faire part de mon mécontentement. Mais la tête détendue de mon Doms m'en dissuade, il doit être en manque de sommeil. Ce n'est même pas une supposition, j'en suis presque sûre. Je ravale mes sentiments et je me rends à ma chambre sans rien ajouter de plus. Voici comment a commencé notre collocation de folie, en tout cas, comment je l'ai vécu.
Quelques heures plus tôt, PV de Scott
Cela fait presque 10 jours que Clara est partie chez ses amis. Je ne sais même pas pourquoi je lui ais permis de s'en aller. Surement parce que je savais qu'elle en avait besoin et que ce serait mieux si elle n'était pas présente quand Stella viendrait s'installer. Je connaissais assez bien Stella pour savoir qu'elle pouvait envenimer la situation en quelques mots et qu'elle pouvait prendre un malin plaisir à me mettre dans une position délicate. Dieu seul savait pourquoi j'avais tellement besoin et je n'arrivais pas à me débarrasser de cette femme. Une vraie sorcière...
Une chose qui n'avait pas raté, en arrivant sa première question fût de savoir où était Clara. Je me demande même si son intérêt pour elle ne cacherait pas autre chose. Malgré le temps passé loin l'un de l'autre, il m'est très facile de revivre avec Stella. Nous avons quand même vécu ensemble un petit bout de temps. De la même façon que je connais ses petites habitudes, elle connait les miennes. En dehors du fait d'être dans une relation D/s nous sommes aussi amis. Donc c'est avec notre complicité de toujours que nous nous sommes retrouvés.
En parlant du loup, je la vois débarquer dans mon bureau pour m'annoncer que le repas est servi. Je me lève et la rejoins au séjour. Nous dinons dans une ambiance bon enfant, très détendue et amicale. Nous parlons de divers sujets, tous plus variés les uns que les autres et éloignés du thème qui nous fait nous revoir de manière si intime. Ce moment de calme me fait beaucoup de bien. A la fin du repas, je m'installe au salon, pendant qu'elle s'occupe de la vaisselle. Nous sommes dans un silence de cimetière, silence qui me permet de faire le point sur mes pensées. Clara... Stella...
Clara et Stella...
Clara ou Stella...
Perdu dans mes pensées, je tressaillis en sentant des mains froides se poser sur mes épaules, me faisant sortir de ma léthargie. Je relève la tête pour croiser le visage de Stella, sur lequel s'affiche un sourire plein de mystères. Elle enlève ses mains, avant de venir s'installer à mes cotés. Elle me propose un verre de vin, chose que je refuse d'un mouvement de la tête. Mon état de fatigue ne me permet pas ce doucereux privilège. Elle redépose les verres sur la sellette en face, avant de faire basculer ma tête sur ses genoux. La pensée de lui mettre un stop m'a traversé l'esprit furtivement. Mais son odeur et la sensation de confort, me font me résigner rapidement. Je regarde la vue de mon séjour que me donne ma position, sans pour autant échanger ne serait-ce qu'un mot avec elle. Je la vois se saisir d'un des verres de vin qu'elle avait préalablement déposé et le siroter. Le silence, Le calme, Son odeur vanillé, La douceur de son toucher.... Sans le savoir, je sombre dans le sommeil...
Retour PV de Clara
Le lendemain, quand j'émerge de mon sommeil, il est déjà plus de 10 heures et à cette heure, aucun des deux ne devrait être à la maison. Je prends une douche rapide, avant de me rendre à la cuisine pour une petite collation. J'y rencontre Stella, en train de faire des crêpes. Rien que la voir aurait presque l'effet de me couper l'appétit. Mais l'odeur alléchante des crêpes qui se dégage, ne fait que renforcer mon désir de manger et surtout d'en manger. Je suis perdue entre mon envie d'en avoir et mon autre, de ne rien demander à cette femme intrusive. Je suis peut-être une femme qui aime la soumission, mais j'ai quand-même ma fierté et il est hors de question, que je cède devant elle. Je me dirige vers le frigo, sans pour autant lui adresser un mot.
Elle au contraire, en remarquant ma présence, me fait un grand sourire et me salue. Je réponds à sa salutation, plus par politesse que tout. Mon ton froid et cassant ne la rebute pas, et elle enchaine sur des amabilités. Même mes réponses en monosyllabe, sans retour de question, ne l'empêchent pas de me proposer des crêpes. Je me radoucis légèrement, sachant que j'en avais particulièrement envie et que c'est elle qui me les a proposé.
- Le maître m'a dit que vous aviez décidé de ralentir dans votre relation D/s, me dit-elle, comme si de rien était. J'ai même failli m'étouffer en entendant ses propos. Je sors voir les filles dans quelques heures, est-ce que ça t'intéresserait de venir ?
- Les filles ?
- Oui, entre autres Diana... Et peut-être Benoit... Je ne veux pas que l'on vive dans une ambiance malsaine. Je veux vraiment essayer de te connaitre et me rapprocher de toi, du mieux que je peux. Je sais que tu dois me voir comme la pire des garces possibles.
Elle baisse la tête, à la recherche de ses mots. Je vois qu'elle ne sait pas si elle devrait continuer ou arrêter de parler. Elle se tâte, avant de se décider.
- Je l'aime depuis 5 ans et en 5 ans, je n'ai jamais pu l'oublier, jamais pu passer à autre chose. J'ai pourtant essayer plusieurs fois....
Je pouvais sentir l'honnêteté et la sincérité dans ses paroles. Même si cela ne me plaisait pas forcement, ses sentiments me touchaient également, la sincérité de ses sentiments en tout cas. Je ne pouvais pas lui en vouloir d'aimer la même personne que moi. Je n'arrivais même pas à imaginer la souffrance qu'elle doit ressentir depuis toutes ces années, de vivre cet amour non-réciproque.
- Rester dans ses pattes ne va pas forcement t'aider non plus. Voir que je lui réponds, la rassure et elle me sourit, avant de s'occuper de la vaisselle. Je veux bien venir, surtout que je n'ai rien à faire.
Elle me répond d'un coup de tête et je me replonge dans mon repas. Dès que j'ai fini, je la remercie avant de monter m'apprêter. Nous n'allons pas forcement devenir meilleure copine, mais c'est déjà un pas en avant vers une cohabitation un peu plus apaisée.
Quelques heures plus tard, nous sommes parties de l'appartement direction le point de rendez-vous. Stella conduit, avant de s'arrêter devant un immeuble. Elle me propose de descendre et de l'attendre devant l'entrée le temps qu'elle trouve une place pour se garer. Je m'exécute et après, elle me rejoint. Elle sonne à l'interphone, avant que l'on ne se voit accorder l'autorisation d'entrée. On monte dans l'ascenseur, qui nous amène à l'étage en question. Stella rentre dans un des appartements dont la porte était déjà ouverte. Près de la cuisine, sont déjà présents les autres du groupes. Je reconnais Benoit, Diana et Becca....
Je vois que Stella se fige dès qu'elles s'aperçoivent. Je fais la bise à tout le monde et Diana me propose un verre du cocktail qu'elle a préparée. Je regarde avec fascination la scène qui se déroule devant mes yeux. Stella ignore proprement Becca, avant d'aller saluer les deux autres. Je n'aurais jamais cru qu'il y aurait tant de tension entre elles.
- Les filles arrêtez, dit subitement Diana. Cela fait déjà plus de 5 ans et même si je ne valide pas ce qu'il s'est passé, vous devriez trouver la force de passer à autre chose.
Benoit est le seul qui répond par l'affirmative à la déclaration de Diana. Les deux autres protagonistes se regardent en chiens de faïence.
- Becca... Stella... Allez les filles, cela fait une éternité que l'on s'est plus réunis tous ensemble. Vous étiez super proches avant....
- Tu as toi-même dit avant, la coupe brutalement Stella, avec beaucoup d'hostilité dans la voix.
- Je t'ai déjà présenté mes excuses plus d'une fois, renchérit Becca. Que veux-tu que je fasse de plus ?
- Je ne t'en veux plus, mais je ne sais pas et je n'arrive pas à te faire confiance à nouveau. Je me suis sentie trahie, avoue-t-elle d'une petite voix.
- Vous devriez faire la paix et essayer de vous donner une nouvelle chance, finit par leur dire Diana.
Finalement, Becca se rapproche et prend Stella dans ses bras. Elle ne lui promet rien, mais promets du moins ce d'essayer d'enterrer la hache de guerre. Une fois tout le monde plus détendu, nous nous installons au salon, nos verres dans les mains.
- Je sais pas si tu le connais Clara, mais voici Benoit le soumis de maitresse Maeve.
- Nous nous sommes déjà rencontrés, je dis, faisant référence au jour où il est venu déposer les invitations chez nous. Mais je ne connais pas sa Domina.
- Plus longtemps cela prendra, mieux ce sera pour toi, rajoute Diana. Ce sur quoi tous les autres s'accordent. Benoit sourit timidement, légèrement gêné. Elle n'est pas tendre. Un peu de la même veine que ton Doms, sauf qu'elle ne fait pas vraiment de distinctions entre ses soumis et les soumis des autres. Ce qui mène à divers problèmes régulièrement. Diana se reprend. Parlons de choses plus gaies, je suis vraiment contente que tu sois venue avec Stella. Je ne sais pas si elle t'a expliqué...
- Non pas vraiment....
- Je vais tout te réexpliquer depuis le début alors. Nos Doms se connaissent depuis très longtemps. Ils nous ont rencontrés dans l'ordre suivant je crois : d'abord Becca et Jacob, ensuite moi et mon Doms, après Benoit et Maeve et enfin Stella et votre Doms. Jacob à l'époque a principalement formé Esteban et Scott, et Saché, une Domina à la retraite maintenant, a formé Maeve et Ryan. Elle s'arrête un instant et se tourne vers Stella. Tu sais que je pense toujours que l'on devrait essayer de les réconcilier. Cela fait quelques temps depuis l'histoire avec Layla...
- Je sais... Je peux toujours lui en toucher un mot, mais tu sais comment il est, répond-elle d'un ton lasse.
- Bref, où en étions-nous ? Ahhh oui... Comme ils traînaient ensemble depuis le début de leur formation, ils ont initié une sorte de règle, qui s'applique aujourd'hui plus globalement au club. Nous, soumises, nous connaissons entre nous et pouvons trainer ensemble, papoter, nous plaindre, nous conseiller, nous soutenir, partager nos expériences.... On peut tout dire mais le quotidien de soumis ou soumise n'est pas de tout repos. Un petit rire commun vient appuyer ses dires. Chaque Doms du groupe sert d'ange-gardien à une soumise autre que la sienne. Si il y a un problème de forte intensité ou de longue durée, il servira de tampon, en quelques sortes.
- Je comprends, je lui dis. Mais je n'en avais jamais entendu parler.
- Cela ne m'étonne pas, reprend Becca. Il te surprotégeait énormément. Je ne t'ai pas vu à beaucoup des soirées auxquelles il affectionnait se rendre et se produire avant. Il t'a enfermé dans un petit cocon, cocon auxquels très peu avait accès.
Elle laisse ses mots résonner, pendant que l'ambiance prend une teinte bizarre. Un sorte de nervosité se perçoit aisément. Je la vois jeter un regard vers Stella pour jauger sa réaction. Mais cette dernière ne réagit pas, elle conserve son calme et son sourire. Je pourrais facilement comprendre qu'elle s'énerve devant tant de témoignages d'attention qu'il m'a porté et qu'il ne lui portait pas forcément.
Voyant l'ambiance virer dans un sens négatif, Diana propose une nouvelle tournée des verres. Ce qui permet à tout le monde de faire une pause. Ensuite les discussions repartent de plus belle. Chacun à son tour parle de sa dernière expérience en date, de sensations nouvelles, de besoins nouveaux, de désirs nouveaux....
A chaque récit, un vif débat se lance dans le groupe. Chacun donnant son avis, avis plus ou moins basé sur l'expérience. Le receveur des avis choisit ou non d'en prendre compte plus tard. Les débats sont parfois très enflammés, certaines piques fusent d'un peu partout. Mais jamais au grand jamais, une once de méchanceté ne ressort des remarques. Une autre chose qui m'a surprise aussi est le fait qu'aucun ne parle de son Doms par son prénom après cela. Dès fois ils oubliaient les distinctions des autres Doms, mais pour les leurs, jamais. C'est comme profondément intégré en eux, comme une marque indélébile dont aucun ne se plaint. Au contraire on peut sentir visiblement le bonheur et leur fierté d'être dans une telle position à l'égard de leur Doms respectif et de les servir. Inconsciemment, je sens un fossé se creuser entre-eux et moi, mais surtout je me suis sens dépitée et jalouse. Jalouse de ne pas connaître cette sensation ou plutôt dépitée d'y avoir renoncé. Sans le savoir, l'expérience, les souvenirs et tout ce que j'ai entendu à ce moment là, m'influencent déjà.
- Et Clara, on ne t'a quasiment plus entendue parler, me fait remarquer Diana. Désolée, je suppose qu'il te faut un temps d'adaptation. Mais tu peux aussi t'exprimer librement sur des questions ou des doutes à toi. Si tu le souhaites nous t'aiderons à y voir plus clair du mieux que nous le pouvons, me dit-elle en me souriant. Sa proposition regorge de sincérité et d'une vraie sympathie. As-tu déjà en-tête une idée de pratique que tu voudrais essayer pour ta prochaine séance par exemple, me demande-t-elle pour m'aider à me lancer.
- Clara a décidé de faire une pause, répond Stella, mettant visiblement tout le monde mal à l'aise.
- Ah oups, je ne le savais pas. Je suis désolée de m'être montrée un peu trop acharnée.
- Non pas du tout, au contraire, vous m'avez aidé à me décider. Je veux et je vais reprendre, même si pour cela il me faut reprendre depuis les bases. Je vais essayer de me trouver...
- C'est important, conclut Benoît. Ce sur quoi il enchaîne en buvant une gorgée de son verre d'alcool. C'est même le plus important.....
Ce qu'il vient d'ajouter semble en cohérence avec la pensée de tout et chacun ici présent, parce que des mouvements de tête d'affirmation et des sourires accompagnent ses mots emplis d'expérience.
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