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Couverture du roman 3 blocs - Tome 1 : Folies humaines

3 blocs - Tome 1 : Folies humaines

Face à l'imminente extinction de l'humanité, la Base Cristal Rouge mène des recherches extrêmes pour assurer notre survie. Mais entre la Terre et la Lune, une trahison ébranle cette station spatiale. Un homme s'empare d'une relique historique au pouvoir dévastateur, déclenchant une course-poursuite mondiale effrénée. Entre clones et forces démoniaques, ce récit de Denis Peeters explore avec une absurdité assumée les dérives d'un scientisme devenu hors de contrôle.
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Chapitre 3

L’inconfort de cette excavation, enterrée à une quinzaine de kilomètres de Damas, rendit invivable le séjour des agents spéciaux qui y travaillaient. Le système de climatisation avait rendu l’âme deux jours auparavant. Ces détails s’étaient ressentis immédiatement sur l’humeur générale, épouvantable, des habitants de la tanière

— Laissez ! Je vais le faire. Donnez-moi cette seringue ! Je veux être la première à le toucher !

Ce n’était pas une proposition, mais un ordre. Et un ordre pour Mademoiselle Moon, ça ne se discutait pas.

Le Docteur Soparno se renfrogna, mécontent de ne pas avoir l’honneur de piquer l’informe masse.

C’était pourtant grâce à lui que tout avait été possible. L’aboutissement d’une solution aussi réussie n’avait pas été une mince affaire. La découverte, quelques mois auparavant, de cette savante posologie moléculaire complétée d’extraits médicamenteux fondamentaux, avait été relativement complexe à fixer et avait permis de franchir une étape importante. Quelques échantillons avaient été prélevés pour être conservés dans un coffre-fort que seuls Latifa Moon et le Docteur Soparno pouvaient ouvrir.

Deux seringues contenant un liquide transparent avaient été sorties pour l’occasion.

— Surtout, visez l’aine ! Pas ailleurs ! finit par dire le Singapourien.

Il fallait bien l’avouer, la vitesse des gestes de la jeune femme ainsi qu’une dextérité hors du commun avaient permis une exécution rapide de l’opération. La bête, surprise par la piqûre et l’approche de cette femme, n’avait pas eu le temps de réagir. L’homme s’affala aussitôt sur le sol, la bouche ouverte, les yeux clos et les membres désormais détendus par l’endorphine injectée sur le haut de sa cuisse droite.

Une fois anesthésié, il continua sa transformation. Sa nudité devenait à chaque instant plus belle, plus fine.

Ce devait être un homme séduisant. Certes un peu âgé, mais un individu dont la nature même de son corps en faisait incontestablement quelqu’un d’imposant.

Latifa Moon demanda aux trois médecins de la laisser seule avec le patient. Le Docteur Soparno refusa et se vit répondre par un geste fulgurant de la main qui lui fit perdre l’équilibre. Humiliés par ce brusque mouvement violent, les trois médecins, dépités, sortirent de la chambre du patient.

L’endroit avait été soigneusement choisi pour éviter toute curiosité dangereuse et déjouer d’éventuelles rumeurs de comploteurs de toutes sortes. La chambre de réveil avait été pensée pour lui et réglée dans les moindres détails. Il ne fallait prendre aucun risque et l’aménagement de la pièce devait impérativement être le même, dans le dépouillement de l’époque.

Latifa Moon, après quelques instants de recueillement et de prière devant le corps en plein repos, scruta longuement chacun des traits du visage.

— C’est lui ! C’est bien lui ! Je n’en reviens pas, j’ai réussi ! J’ai réussi ! fit-elle avec une voix de petite fille.

Un petit rire nerveux accompagna sa posture pleine d’autosatisfaction.

Elle prit conscience de l’événement incommensurable.

Alors que l’air devint absolument irrespirable, elle s’assit quelques instants à côté de la chose pour lui susurrer quelques mots doux.

— Maintenant, Inch’Allah ! Le monde nous attend. Je t’ai retrouvé, tu as retrouvé la Terre. Sous ton apparence, tu es à moi et à personne d’autre. Ne déçois pas le Très-Haut, ne nous déçois pas, ne me déçois pas !

En sueur, Latifa Moon toucha ce corps nu.

Elle tressaillit au contact de l’inimaginable épiderme dont la palpation avait légèrement fait réagir l’homme.

Elle se leva et alla sonner pour qu’on lui ouvrît la porte de la pièce. Elle autorisa les médecins à reprendre possession des lieux et du patient.

L’essentiel était fait et elle n’avait désormais plus de temps à perdre.

— Nous sommes bien d’accord : vous n’autorisez personne à entrer ! Si jamais j’apprends que… fit-elle menaçante, avec un regard noir.

— Ne vous inquiétez pas, Mademoiselle Moon ! Nous sommes bien conscients des choses. Il est donc inutile de préciser cela, rétorqua le Docteur Soparno, réellement irrité par le comportement inqualifiable de cette jeune peste.

— J’espère bien pouvoir compter sur votre loyauté. Mais il ne peut de toute façon en être autrement, au risque de… Vous voyez ce que je veux dire ?

— J’ai bien compris, vous pouvez compter sur nous ! Comme vous l’avez toujours fait, d’ailleurs. N’avons-nous jamais failli à nos missions ? répliqua le Docteur Soparno.

— Certes, certes ! répondit-elle nerveusement. N’oubliez jamais cette journée ! Vous êtes les premiers témoins, ne l’oubliez jamais ! ajouta-t-elle en les regardant droit dans les yeux.

— Comment pourrions-nous faire autrement ? Le Très-Haut nous accompagne et nous a envoyés, dans sa grande sagesse, les clefs de la victoire, ajouta le Docteur Melheki, un troisième médecin discret, mais toujours aussi prompt à parler justement et religieusement en de telles circonstances.

Latifa Moon apprécia à sa juste valeur la remarque. Elle n’était pas dupe pour autant. Sa longue expérience des trahisons lui permit de ne regretter en rien le nettoyage qui allait suivre.

Elle extirpa du fourreau de cuir placé à sa taille son merveilleux et mythique kriss, puis passa d’un coup sec et assuré la brillante lame dans les carotides des trois gorges. Il ne fallut pas plus d’une demi-seconde pour admirer une belle fontaine de sang savoureusement éphémère. « Sans souffrance ! Qu’ils s’estiment heureux ! » pensa-t-elle laconique.

Puis elle prit congé des malheureux praticiens et sortit de l’espace médical surprotégé, demandant à ses gardes du corps « de faire le ménage et de boucler soigneusement le périmètre ».

Elle se rendit aussitôt sur une base aérienne militaire désaffectée, non loin de la capitale du territoire syriaque.

Exaltée par l’événement, elle s’engouffra rapidement dans son superbe jet, un Falcon 7X aux couleurs noir et jaune, frappé d’un blason personnel sur l’aileron arrière, dont elle avait confié la réalisation à un héraldiste palestinien de renom.

Latifa Moon faisait toujours sensation sur toute personne arrivant à s’en approcher.

Sa plastique avantageuse, un goût sûr dans la manière de s’apprêter et son assurance, en faisaient quelqu’un d’exceptionnellement attirant.

Les hommes étaient fascinés, les femmes la jalousaient, les enfants l’enviaient.

De nature sportive, grande aux épais et longs cheveux de jais, à la peau de couleur légèrement mate et aux traits fins, elle ne laissait pas indifférent son proche entourage qui la suivait partout, notamment à cause de sa particularité unique : des yeux brillants comme des diamants extraordinaires, l’un vert émeraude, l’autre jaune ambre.

Onze gardes du corps, deux assistantes personnelles, un responsable des communications, son frère Abdul Aziz Moon et son étonnant et seul compagnon fidèle, un splendide petit teckel à poil long couleur fauve baptisé Janus, veillaient sur cette autorité du régime vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Adopter un petit chien était pourtant rigoureusement interdit par les préceptes de l’Islam. Rien que pour cela, elle pouvait être amenée à répondre à tout moment de ce péché devant les Tribunaux de la Pureté Coranique. Mais personne, pour l’instant, n’avait osé s’attaquer à elle sur ce sujet délicat.

L’avion décolla pour une longue destination.

Le Guide suprême ne lui facilitait en rien la tâche, puisqu’elle ne devait effectuer ce long déplacement d’environ dix mille kilomètres que pour « récupérer des vêtements de cérémonie » au profit du gaillard de la grotte. Sous un prétexte de sécurité maximale légèrement tiré par les cheveux, le Guide suprême, Al Muhtadee Billah, avait en effet exigé la garde de cette étincelante et divine garde-robe dans l’enceinte du Palais Royal de Brunei.

Il connaissait trop bien cette rebelle asiatique pour savoir qu’il lui était régulièrement nécessaire de la convoquer à Brunei pour rendre compte de ses actions parfois limites avec les lois commandant le système.

En sa qualité de bras armé n° 1, sur cinq en mission permanente, Latifa Moon lui devait naturellement allégeance et fidélité.

La distance entre Damas et Bandar Seri Begawan, la capitale du sultanat de Brunei située au nord-est de Bornéo, ne permettait pas à l’équipage de souffler. Même si la fatigue se faisait sentir et malgré une vitesse de 280 nœuds en moyenne, l’ambiance à bord de l’appareil était électrique et détendue.

À l’approche du petit État pétrolier, le chef des communications exécuta comme d’habitude le numéro de code permettant l’identification du Falcon 7X vers le centre des télécommunications installé aux abords de l’Istana Nurul Iman, le palais du sultan depuis 1984.

Le Guide suprême avait été prévenu de la venue de Latifa Moon « avec une bonne nouvelle », aux alentours de 12 h 30, heure locale.

L’engin à peine posé sur le sol brunéien, Latifa Moon se débrouilla pour rencontrer au plus vite le Guide suprême. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi Al Muhtadee Billah avait décidé de formaliser la remise de ce linceul, qu’elle considérait pour sa part comme un vulgaire bout de chiffon sans valeur.

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